|
1. étude ESTHER : Le risque thromboembolique
veineux varie avec le type de THS
(voie d'administration des estrogènes et type du progestatif).
Lors du
11th World Congress on the Menopause
qui s'est tenu à Buenos Aires du 18 au 22 octobre 2005, une équipe
française (PY Scarabin et M Canonino) a présenté
les nouveaux résultats de l'étude ESTHER (Estrogen
and THrombo Embolism Risk). Cette étude cas-témoin
montre que les estrogènes oraux augmentent le risque thrombotique,
surtout la 1° année, et ce quelque soit le type de progestatif
associé. Le risque est encore plus élevé chez les
patientes obèses et celles présentant des mutations thrombogènes.
A contrario les estrogènes par voie transdermique ne majorent pas
le risque qu'ils soient prescrits seuls ou associés à la
progestérone micronisée, à la rétroprogestérone
et aux prégnanes ; en revanche associés aux progestatifs
norprégnanes (acétate de nomégestrol et promégestone)
ils augmentent le risque thromboembolique. Enfin ils n'entrainent pas
de sur-risque en cas d'anomalies thrombogènes ou d'obésité.
1°-
Les premiers résultats d'ESTHER (Scarabin
PY et al Lancet 2003;362:428-432): étude française cas-témoin
multicentrique.
Il s'agit de femmes âgées de 45 à 70 ans, ménopausées
au moins depuis 1 an, hospitalisées ou consultant pour un premier
évènement thromboembolique (VTE) d'origine idiopathique
et documenté. De 1999 à 2002, ont été recrutées
155 femmes avec VTE appariées à 381 témoins. Trente
deux cas (21%) et 27 témoins (7%) ont pris des estrogènes
par voie orale, alors que 30 cas (19%) et 93 témoins (24%) ont
utilisés des estrogènes par voie cutanée. Après
ajustement pour les facteurs confondants, les Odd's ratio (OR) pour les
utilisatrices d'estrogènes par voie orale et transdermiques comparés
aux femmes non traitées étaient respectivement 3,5 (95%CI
1,8-6,8) et 0,9 (95%CI 0,5-1,6). Autrement dit le risque de VTE de la
voie orale versus la voie cutanée était de 4,0 (1,9- 8,3).
Il n'a pas été observé d'effet dose, mais l'augmentation
du risque pour la voie orale diminue avec le temps, sans jamais s'annuler.
2°-
L'étude ESTHER a été prolongée jusqu'en
2004, de nouveaux résultats ont été présentés
à Buenos Aires. Ils portent sur l'analyse de 253 femmes ayant présenté
un premier accident thombotique appariées à 598 femmes témoins.
Ces résultats concernent d'une part l'impact thrombotique des différents
progestatifs et d'autre part l'impact de la voie d'administration des
estrogènes chez les femmes à risque de thromboses, obèses
ou présentant une mutation de la prothrombine et/ou un facteur
V de Leiden.
a) L'augmentation
du risque thrombotique due aux estrogènes oraux est indépendante
du type de progestatif associé OR=4,6 (95%CI 2,6-8,0).
b) En revanche, les femmes sous estrogènes cutanés,
en comparaison avec les femmes non traitées, ont un OR qui varie
en fonction du progestatif associé :
- pas d'augmentation
du risque thrombotique avec la progestérone micronisée
: OR=0,6 (O,2-1,1), ni avec la rétroprogestérone OR=0,7
(0,2-1,1), ni avec les prégnanes OR=0,9 (0,5-1,7),
- en revanche
l'augmentation du risque est très significative avec les norprégnanes
:OR=3,5 (1,6-6,1) ce qui suggère un effet thrombotique propre
du progestatif. A ce jour aucune explication n'est possible par manque
de données ; de ce fait la même équipe débute
une étude comparant les facteurs de la coagulation de femmes
non traitées à celles prenant soit un estrogène
cutané associé à de la progestérone micronisée,
soit associé à de l'acétate de nomegestrol. Il
s'agit de l'étude SNAC (Study of Nomegestrol
Acetate on Coagulation).
c)
Le risque thrombotique augmente avec le poids, c'est un fait connu. Mais
avec l'utilisation d'estrogènes cutanés il n'a pas été
mis en évidence de sur-risque. En revanche si les estrogènes
sont pris par voie orale le risque par rapport aux femmes obèses
non traitées est multiplié par 4 ou 5. Ainsi pour un Body
Mass Index (BMI) compris entre 25 et 30 kg/cm², l'OR est de 10,2
et pour un BMI supérieur à 30 il est de 20,6.
d)
Les femmes présentant une mutation thrombogène ont un
risque spontané de thromboses veineuses élevé (OR=4,1);
le risque reste dans cette étude identique avec les estrogènes
cutanés (OR=4,4) mais est multiplié par 6 en cas de prise
d'estrogènes par voie orale (OR=25).
3° Commentaires
Dans l'étude ESTHER l'augmentation du risque thrombotique avec
les estrogènes oraux est supérieure aux données de
la littérature. En effet une méta-analyse récente
incluant les études épidémiologiques publiées
après 1996 (1) trouve avec les estrogènes oraux donnés
seuls un RR à 2,5 (95% CI 1,6-4,8), et s'ils sont associés
à un progestatif à 3,1 (1,6-5,8). La méta-analyse
de Beral (2) n'incluant que des essais randomisés met en évidence
un RR à 2,2 (1,5-3,2). Enfin dans l'étude WHI, randomisée
contre placebo, les femmes prenant l'association CEE + MPA ont un HR à
2,11 (1,58-2,82) augmentant à 3,29 si on ne prend en compte que
les femmes ayant pris correctement leur traitement. Mais dans la WHI (CEE
seuls) l'augmentation du risque n'est plus significative pour les femmes
ne prenant que les estrogènes conjugués HR=1,33 (95%CI ajusté
0,86-2,08). L'augmentation du risque thrombotique provoquée par
les estrogènes oraux est la conséquence de l'activation
des facteurs de la coagulation qu'ils induisent (3).
Les données de l'étude ESTHER, bien qu'issues d'une étude
cas-témoin, comble un vide épidémiologique en ce
qui concerne l'évaluation du risque thrombotique des estrogènes
administrés par voie transdermique. La voie cutanée est
en effet utilisée principalement en Europe et particulièrement
en France. Dans la méta-analyse de Castellsague et al (1) le risque
relatif évalué à 2,1 est à la limite de la
significativité (95% CI 1,0-4,7). La non augmentation probable
du risque thombotique veineux avec la voie dermique peut s'expliquer par
l'absence d'effet sur les différents facteurs de la coagulation
(4).
L'intérêt majeur de l'étude ESTHER est d'avoir soulevé
la possibilité d'un effet thrombotique de certains progestatifs.
Le sur-risque en cas d'association estrogènes (voie orale ou dermique)
et progestatifs était en fait déjà visible dans la
méta-analyse de Castellsague mais cette observation était
restée sans commentaires.
Pour l'instant les données biologiques sont trop parcellaires pour
avancer une explication à cette constatation. Enfin l'étude
ESTHER suggère pour la première fois que les estrogènes
délivrés par une voie cutanée n'augmenteraient pas
le risque déjà spontanément élevé chez
les femmes présentant des mutations thrombogènes.
The Committee on Safety of Medecines au Royaume Uni après avoir
pris connaissance des résultats de la méta-analyse de Castellsague
a jugé que le risque absolu d'avoir un accident thrombotique avec
les estrogènes oraux était très faible et que ces
données ne devaient pas modifier la pratique d'administration d'un
THS (les résultats de la WHI n'étaient pas connus). L'étude
ESTHER doit nous inciter à ne plus utiliser les estrogènes
oraux chez les femmes à risque thrombotique veineux élevé.
En revanche pour les femmes sans facteur de risque le choix de la voie
d'administration leur revient après informations d'usage ; l'intérêt
de la voie cutanée doit leur être bien souligné. A
ce jour l'effet de la voie cutanée sur les accidents coronariens
et les accidents vasculaires cérébraux n'est pas évalué.
1-
Castellsague J, Perez Gutthann S, Garcia Rodriguez LA. Recent epidemiological
studies of the association between hormone replacement therapy and venous
thromboembolism. A review. Drug Saf. 1998;18(2):117-23. [résumé]
2- Beral V, Banks E, Reeves G. Evidence from randomised trials
on the long-term effects of hormone replacement therapy. Lancet. 2002;360(9337):942-4.
[résumé]
3- Caine YG, Bauer KA, Barzegar S, ten Cate H, Sacks FM, Walsh
BW, Schiff I, Rosenberg RD. Coagulation activation following estrogen
administration to postmenopausal women. Thromb Haemost. 1992;68(4):392-5.
[résumé]
4- Scarabin PY, Alhenc-Gelas M,
Plu-Bureau G, Taisne P, Agher R, Aiach M. Effects of oral and transdermal
estrogen/progesterone regimens on blood coagulation and fibrinolysis
in postmenopausal women. A randomized controlled trial. Arterioscler
Thromb Vasc Biol. 1997;17(11):3071-8. [résumé]
[article]
2.
Que penser du texte JO du 7 juin 2005 "Modalités
du Contrôle Qualité des densitomètres" [consulter
le texte en ligne] : une interview du Dr Jean-Pierre SABATIER
(CAEN)
La
Lettre du GRIO (LdG): Qui sont les promoteurs du texte ? Quel
a été le rôle des experts du GRIO ?
Dr J-P
Sabatier (JPS) : Le contrôle de qualité des instruments
médicaux a été instauré par la loi 98-535
du 1er juillet 1998 et l'AFSSAPS est chargée de sa mise en œuvre.
Les mammographes, les premiers, ont été soumis à
un contrôle de qualité. Ce sont les ostéodensitomètres
qui sont actuellement l'objet de la mise en place d'un tel contrôle.
Les experts du GRIO ont été, au sein du groupe de travail
mis en place par l'AFSSAPS, porteurs de l'expérience acquise par
plusieurs années d'un contrôle de qualité centralisé
mis en place par le GRIO. D'ailleurs on retrouve, pour l'essentiel dans
le texte, les modalités et les tests utilisés par le GRIO.
LdG
: Pourquoi un tel texte ?
JPS
: Ce texte est la conséquence de la transposition, en droit français,
de la directive 97/43/EURATOM qui impose l'obligation de maintenance et
le contrôle de qualité pour les dispositifs médicaux
qui émettent des rayonnements ionisants.
LdG
: Cet encadrement extérieur est-il justifié ?
JPS
: Oui bien sûr, au même titre que le contrôle des véhicules
automobiles est effectué par des organismes agréés.
On peut y trouver un objectif commun : assainir un parc matériel
qui, pour partie, est ancien et non entretenu. Les constructeurs ont constaté
que le contrôle de qualité qu'ils préconisaient n'était
pas réalisé par certains utilisateurs ou encore qu'aucune
maintenance n'était faite après plusieurs années
d'exploitation. Or l'électronique, les détecteurs, les différents
composants de la machine vieillissent et sont susceptibles d'entraîner
une dérive ou une instabilité des mesures. C'est ce que
l'on a pu constater a posteriori dans des centres qui, bien qu'ayant effectué
le contrôle de qualité, n'en exploitaient pas les mesures.
LdG
: Ce texte répond-il à tous les problème concernant
la densitométrie ? Ne confond-on pas contrôle qualité
d'une machine et qualité de l'acte médical ? Ne va-t-on
pas privilégier les grosses structures presse bouton au détriment
des petites structures plus cliniques
JPS
: Ce texte ne répond qu'à un point, le contrôle de
l'instrument de mesure. De même qu'une pompe à essence est
contrôlée annuellement, nous sommes assurés en allant
faire le plein de notre véhicule que la quantité de carburant
délivré est conforme à l'affichage, aux erreurs de
mesures près tolérées ; par contre cela ne donne
aucune garantie sur la qualité du carburant délivré.
On peut poser la question de l'assurance de qualité qui inclut
alors le contrôle de qualité de l'appareil, l'assurance que
l'examen a été réalisé selon les recommandations
du constructeur et que les résultats ont été correctement
interprétés. Il ne doit pas y avoir confusion entre la qualité
de la machine et la qualité de l'acte médical.
LdG
: Faut-il abandonner le contrôle qualité du GRIO ?
JPS
: Il n'est pas question dans l'immédiat d'abandonner le contrôle
de qualité du GRIO. Il faudra plusieurs mois avant que l'ensemble
du parc matériel d'ostéodensitomètres puissent passer
sous le contrôle des organismes agréés par l'AFSSAPS.
Le GRIO n'a pas vocation à devenir un organisme agréé,
mais il accompagnera les centres volontaires dont il analyse chaque mois
le contrôle de qualité jusqu'au passage de relais vers un
organisme agréé.
LdG
: Quelles en seront les modalités pratiques ?
JPS
: Lorsque les organismes agréés par l'AFSSAPS seront connus,
chaque exploitant devra se mettre en contact avec l'un de ces organismes
et avec le SAV du constructeur pour prendre rendez-vous. Le texte définit
les modalités en termes de calendrier pour que les rendez-vous
de l'ensemble des appareils soient étalés dans le temps
afin d'éviter qu'ils ne soient pris à la date butoir. Les
différents SAV veilleront certainement à ce que le calendrier
soit respecté. L'étape suivante consiste à vérifier
l'exactitude de l'appareil avec un fantôme ad hoc, ceci sera effectué
par le SAV-constructeur en présence d'un représentant de
l'organisme agréé ; lors de cette visite un contrôle
de la dosimétrie sera également réalisé. Enfin,
troisième étape, l'exploitant effectuera, consécutivement
et à des jours différents, trente contrôles de qualité
qu'il adressera à l'organisme agréé, lequel en retour
lui mettra à disposition un logiciel initialisé avec ces
trente mesures. Le contrôle de qualité sera alors en phase
de routine. L'exploitant devra exécuter le contrôle de qualité
quotidiennement et au moins trois par semaines, vérifier chaque
jour selon les indications fournies par le logiciel que son appareil est
en état de fonctionnement, ceci constitue le contrôle de
qualité interne. Enfin, une fois par mois il devra transmettre
pour contrôle, selon un protocole défini, les données
du mois écoulé à l'organisme agréé
auprès duquel il a souscrit son contrat, il s'agit du contrôle
de qualité externe. Le contrôle de la dosimétrie sera
effectué annuellement.
LdG
: Quelles sont les machines concernées ? Quid des appareils à
US ?
JPS
: Sont concernés les appareils utilisant des rayonnements ionisants,
sont exclus les scanners radio qui ne sont plus utilisés pour la
densitométrie car trop irradiants. Rien n'est prévu pour
les appareils à US. Ils sortent du champ d'application qui nous
concerne car non irradiants. Un problème se pose à leur
propos car ce sont des appareils peu précis et qui ne permettent
pas un suivi fiable dans le temps des patients sauf à attendre
des années, or dans la CCAM " l'ostéodensitométrie
du calcanéus par échographie " a été
codifiée.
LdG
: Comment se fait-il que pour certaines d'entre elles, le niveau d'exigence
ne soit pas le même ?
JPS : Pour certains appareils anciens le critère d'acceptabilité
du contrôle de l'exactitude a été fixé avec
une marge plus large car ils ne sont pas en mesure de répondre
aux mêmes critères que les appareils récents. Ceci
est inhérent à l'évolution technologique.
LdG
: Quel est le coût à prévoir ?
JPS
: Je n'en ai aucune idée. Pour les mammographes le coût est
d'environ 500 Euros HT pour deux contrôles par an d'une durée
chacun de 3h30 environ. Les contrôles de ces deux appareils n'étant
pas comparables cependant.
LdG
: Nous nous souvenons du texte paru au JO du 19 mars 2003, et qui a fait
florès. Quelles sont les différences entre ces deux textes
?
JPS
: Tout d'abord, le décret 2001-1154 du 5 décembre 2001 précise
les modalités de mise en œuvre de l'obligation de maintenance et
du contrôle de qualité pour les dispositifs médicaux
qui émettent des rayonnements ionisants, transposition de la directive
EURATOM que j'évoquai précédemment. L'arrêté
du 19 mars 2003, quant à lui, définit le champ d'application
du décret. Il instaure l'obligation immédiate de maintenance
des appareils de mammographies et des ostéodensitomètres
et définit les matériels qui seront soumis au contrôle
de qualité interne et externe. Depuis, le contrôle de qualité
des mammographes est devenu effectif, maintenant c'est celui des ostéodensitomètres
qui se met en place.
LdG : 6 mois pour la mise en application du texte alors
que les prestataires susceptibles de réaliser ce contrôle
ne sont ni prêts ni bien évidemment agrées : est-ce
réaliste ?
JPS
: L'expérience de la mise en place du contrôle de qualité
des mammographes servira certainement. Il est bien évident que
le décompte du temps pour la mise en place du contrôle de
qualité des ostéodensitomètres ne pourra se faire
qu'à la parution de la première liste d'organismes agréés.
Au cours des deux mois suivants (7 décembre 2005 - 6 févier
2006 !) les rendez-vous auront dû être planifiés et
les premiers appareils seront contrôlés. On peut penser qu'il
faudra de 12 à 18 mois pour que l'ensemble du parc matériel
soit inclus dans le processus de contrôle de qualité.
LdG
: Comment appliquer réellement un texte pour un examen qui n'était
pas à la nomenclature (il figure à la CCAM) et qui n'est
assorti d'aucun remboursement ? Avez vous des indications concernant les
moyens envisagées ?
JPS
: C'est une
question pour laquelle je n'ai pas de réponse. Elle est du ressort
et de la responsabilité des décideurs en politique de santé.
Le GRIO se mobilise depuis de nombreuses années pour la prise en
charge de la densitométrie. Les déclarations récentes
du ministre de la santé (M. X. BERTRAND) laissent espérer
un déblocage de la situation.
Voir
à ce propos le communiqué
du GRIO, novembre 2005.
|