La Lettre du
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1. Bêta-bloquants et os : difficile de conclure Les données classiques : chez la rate ovariectomisée, le propanolol augmente la formation osseuse. Ce sans doute via la modulation du système sympathique sur le remodelage osseux. Chez l'homme, les données sont contradictoires. Quelques études récentes : R. Levasseur a présenté lors du 17e Congrès Français de Rhumatologie (SFR) des données concernant la cohorte Epidos : 7598 femmes, 80.5 ans +/- 3.8, suivies durant trois ans. 283 d'entre elles sont sous bêta-bloquants non cardio-sélectifs depuis 13.9 +/- 10.1 ans. On ne constate pas de différence concernant l'incidence fracturaire (groupes comparables en terme de densité osseuse, ajustement pour l'âge) L'étude de Schlienger (Bâle) s'appuie sur la base de donnée colligée par certains généralistes anglais (UK-GPRD General Pratice Research Database), qui acceptent de saisir à but de recherche tous les éléments concernant leurs patient(e)s sous forme informatisée. Les prescriptions médicales sont connues avec précision puisque générées par les ordinateurs. Dans cette population de plus de 3 millions d'individus, toutes les fractures survenues entre janvier 1993 et décembre 1999, chez des sujets de 30 à 79 ans, suivis depuis au moins 3 ans, ont été prise en compte, en excluant les patient(e)s ayant une fragilité osseuse, une maladie cancéreuse, ou suivant un ttt par bisphosphonates. 30 601 cas ont été retenus (60% de femmes), appariés à 120 819 cas contrôle. La conclusion globale est que l'utilisation de bêta-bloquants réduit le risque de fracture de 23% (IC 17-28), de thiazidiques de 20% (14-26), de l'association des deux de 29% (21-36). Un bémol toutefois : les auteurs ont choisi une curieuse stratification a posteriori : trois groupe thérapeutiques : moins de trois prescriptions / de 3 à 19 /plus de 20, et ne rapportent pas la relation éventuelle entre le nombre de prescriptions et le risque de fracture. L'étude de Rejnmark donne des résultats diamétralement opposés : les bêta bloquants triplent le risque de fracture (Odd Ratio 3.3; 95% CI: 1.1–9.4) et diminuent le taux d'ostéocalcine de 20%. Mais le recrutement: 2019 femmes danoises ménopausées depuis moins de deux ans, 140 fractures observées, 38 patients sous bêta-bloquants, limite considérablement la portée de ces résultats. En pratique, on retiendra que seule une étude prospective en double aveugle nous donnerait des indications fiable quant à l'effet anti-fracturaire des bêta-bloquants - seuls ou associés aux thiazidiques.
2. Enquête CNAM "Bon Usage du Médicaments - Ostéoporose" Coché également au congrès de la SFR novembre 2004, les présentations de S. Perrot concernant une enquête de la CNAM menée de mars à juillet 2002, et évaluant les prescriptions des traitements de l'ostéoporose (étidronate - alendronate - risédronate - et raloxifène). Cette enquête diligentée du fait de l'augmentation conséquente des remboursements de ces médicaments (50 M€ en 2000, 150M€ en 2003). 10 526 questionnaires ont été envoyés. Le taux de réponse : 69.4%. Ont été particulièrement étudiés les médecins prescripteurs, l'adéquation avec l'AMM, l'ITR (indication thérapeutique remboursable). Les modalités de prescription de la densitométrie ont fait l'objet d'une étude complémentaire. Certains résultats sont inattendus, pour le moins : l'ITR n'est respectée que dans 45.3 à 66.6% des cas. Les prescriptions hors AMM sont légions : plus de la moitié pour l'étidronate (les rhumatologues et les généralistes sont à égalité...), pour l'alendronate, environ 18% pour les rhumatologues et généralistes, plus de 30% pour les gynécologues, quant au raloxifène, 62% des gynécologues, 36% des généralistes, 42% des rhumatologues prescrivent hors AMM. L'interprétation des prescriptions de densitométrie est plus délicate. On retiendra que seuls la moitié des patients ont bénéficié de l'examen, et que les résultats ne sont pas différents entre les groupes. On peut cependant supposer que l'hétérogénéité de données recueillies a posteriori ne permet pas de conclure.
3. Place des bisphosphonates dans la prévention de l'ostéoporose Comment faire pour éviter l'épidémie annoncée d'ostéoporose ? Question d'actualité, lorsque prescrire une estrogénothérapie à la ménopause est controversée, dès lors qu'il n'y a pas de signes climatériques. Les études de prévention sont donc très attendues 3.1.
alendronate : Early Post-menopausal Interventional
Cohort (EPIC)
A noter :
Que retenir en pratique : de faibles doses d’alendronate freinent le remodelage osseux et préservent la densité minérale osseuse (rachis et fémur), effets se maintenant à 6 ans. Ce type de traitement pourraient représenter une stratégie de prévention de masse de l’ostéoporose (2.5mg par jour équivaut à un peu plus d’un cp à 70 mg par mois…). Reste à démontrer avant d’extrapoler ces résultats à la pratique quotidienne l’intérêt d’une telle mesure en terme de prévention des fractures et non de critères intermédiaires, ce qui imposerait un recrutement très important, et les résultats pourraient n’être disponibles qu’après que la molécule soit tombée dans le domaine public. Ce type d’étude paraît toutefois indispensable à entreprendre, dès lors que l’on prend en compte l’importance du problème de santé publique représenté par l’épidémie annoncée d’ostéoporose.
A signaler à propos de faibles doses d'alendronate la micro étude ouverte menée en Thaïlande : 39 femmes ostéoporotiques, traitées durant 1 ans par une dose hebdomadaire de 20mg d'alendronate : le BMD lombaire augmente +6.2%, fémoral stable, CTX urinaire -60%.
3.2. risédronate L'étude
concerne 707 patientes (âge moyen 64 ans) ayant un T-score fémoral
entre -1 et -2.5 (T-score moyen -1.7), sans antécédents
de fractures vertébrales (355 placebo, 352 risédronate 5mg/j).
A trois ans, l'incidence de fracture vertébrale est de 2.1% dans
le groupe traité contre 8.1% dans le groupe placebo, soit un RR
de 0.25 (0.09 - 0.67). Si l'on ne prend en compte que les 371 femmes ayant
également un T-score > -2.5 au rachis, on note des résultats
comparables mais non significatifs : 7.0 % contre 1.1% de fracture, RR
0.24 (0.05 - 1.11). En somme, résultats tout à fait séduisants
en première lecture. La grande faiblesse de cette publication est
qu'il s'agit d'une étude post-hoc (pourquoi ne pas donner les résultats
concernant les femmes ayant un T-score lombaire entre -1 et -2.5...).
On peut donc retenir que la réduction de risque de fracture est
une hypothèse très intéressante, que seule une étude
contrôlée pourra démontrer. Par ailleurs, les patientes
sont celles des études VERT et BMD, la première ne recrutant
théoriquement que des patientes ayant des fractures vertébrales.
4. Traitement Hormonal Substitutif de la Ménopause (THS) Le THS continue de faire couler beaucoup d'encre. Le Pr Cl. RIBOT a fait le point lors de la journée scientifique du GRIO, le 21 janvier 2005 (consulter le programme). A noter en particulier la publication en ligne des premiers résultats concernant l'étude E3N, et les recommandations de la NAMS. 4.1.
Les premiers résultats concernant l'étude E3N
Cette étude souligne l'importance du progestatif et de son type, ainsi que l'innocuité des estrogènes seuls sur le risque de survenue d'un cancer du sein. On retiendra toutefois que la durée moyenne du THS est brève (en moyenne 2.8 ans lors du diagnostic), et certains cancers découverts avant deux années de traitement correspondent probablement à la révélation de tumeurs latentes, comme le suggère le fait que le risque de survenue d'un cancer du sein n'est pas influencé par la durée du traitement. La multiplicité des items étudiés expose à l'inflation du risque alpha. A noter enfin un biais classique de ce type d'étude : les femmes sous THS sont mieux suivies et les cancers du sein mieux diagnostiqués. D'autre part, la population des femmes sous THS est significativement différente : femmes plus maigres, ayant une puberté et une ménopause plus précoce, plus souvent mères, recours plus fréquent à la contraception orale, niveau d'éducation supérieur... Fournier A, Berrino F, Riboli E, Avenel V, Clavel-Chapelon F. Breast cancer risk in relation to different types of hormone replacement therapy in the E3N-EPIC cohort. Int J Cancer. 2004 Nov 18 [résumé] [dossier de presse INSERM]
5. Egalement consultable ligne, l'actualisation des recommandations AFSSAPS - octobre 2004 - concernant les traitements de l'ostéoporose post-ménopausique, avec en particulier (chapitre IV,4,pp12) des stratégies pratiques prenant en compte âge, antécédents de fractures, facteurs de risque, et bien évidemment densitométrie. Ce document sera actualisé courant 2005 avec la mise à disposition du ranélate de strontium et de l'ibandronate. [consulter les recommandations]
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