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COMMENT
EVITER LES CHUTES ?
Pascale PINEIRO-RACLE. C.S.M.K. HOSPITALOR-FORBACH
INTRODUCTION
Le risque de chute augmente avec l’âge. En France,
il passe de une personne sur trois vers 65 ans (> 2.000.000) à
une personne sur deux après 80 ans (en terme de risque annuel).
La chute représente la 7ème cause de décès
après 65 ans, mais par contre la 1ère cause de
décès accidentel. 10 % des chutes vont s’accompagner de
lésions traumatiques (TC, entorses …). Le taux des fractures du
col du fémur est de l’ordre de 5%. Ce risque n’est donc pas négligeable !
La prévention sera nécessaire pour éviter la perte
d’autonomie et diminuer le taux de morbidité liés aux chutes.
Elle va consister à :
1) identifier les personnes prédisposées aux chutes par
des bilans spécifiques
2) diminuer ou éliminer les facteurs précipitants intrinsèques
liés à la personne et extrinsèques liés
à l’environnement ainsi que les facteurs prédisposants
des chutes.
Cette prévention va nécessiter la participation
active de la personne et de son entourage ainsi que l’implication d’une
équipe pluridisciplinaire (médecin, kinésithérapeute,
ergothérapeute, psychologue, professeur de sport, diététicienne…)
L'EVALUATION : TESTS SPECIFIQUES
DE LA MARCHE ET DE L’EQUILIBRE
La
cause des chutes est multi-factorielle. Une analyse portant sur 16 études
a montré que les facteurs de risque sont en ordre d'importance
décroissante :
| |
RR
|
| faiblesse
musculaire |
4.4
|
| anamnèse
positive de chute |
3.0
|
| troubles
de la marche |
2.9
|
| troubles
de l’équilibre |
2.9
|
| utilisation
d’aides techniques (Canne …) |
2.6
|
|
troubles de la vue |
2.5
|
| dépression |
2.2
|
D’où l’intérêt d’effectuer des bilans
spécifiques de la marche et de l’équilibre. Ils font
partie de l’examen clinique, mais servent aussi à la prévention
des chutes +++.
1.
Test de tenu en appui unipodal :
Si impossibilité de se tenir plus de 5 secondes
en appui unipodal, il y a risque de chute.
2.
Etude des réflexes posturaux :
Test de rétropulsion de Romberg : si positif,
risque de chute
3.
Test de se relever du sol :
Si impossibilité de se relever du sol, le facteur
de risque de chute est augmenté.
4.
Test de Maria TINETTI (1986) :
Equilibre
Score total sur 16 points.
Marche
Score
total sur 12 points.
Si
le total (équilibre + marche / 28 ) est < 26 ceci indique
qu’il y a un problème. Plus le score est bas et plus le problème
est sévère.
Un
score <
19 indique un risque de chute augmenté de 5 fois.
5.
Test " get up and go "
ou test du lever de la chaise de MATHIAS :
La
version chronométrée " timed up and go "
sont des tests validés. Un temps de plus de 16 secondes témoigne
d’une fragilité posturale et d’un risque de chute multiplié
par 2.7 dans les 5 ans.
(temps
normal = 10 secondes = sujet indépendant)
6.
Test " walking talking " :
Faire
parler le sujet en marchant. Une personne qui présente une fragilité
posturale, va s’arrêter de marcher pour parler.
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Récapitulatif /
Conclusions des tests en faveur d’un risque de chute :
- Nombre
de chutes antérieures
-
ATCD de temps passé au sol > 3 heures
-
Score de TINETTI < 20
-
Execution du timed up and go de MATHIAS > 20 secondes
-
Maintien de la station unipodale < 5 secondes
- Altération
des réactions d’adaptation posturale : réactions
parachutes et d’équilibrations
- Arrêt
de la marche si l’on demande au sujet de parler
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LA PREVENTION
Elle
va consister à corriger les facteurs précipitants intrinsèques
(traitement étiologique du malaise ou de la perte de connaissance)
et extrinsèques (adaptation environnementale) dans un premier temps.
Puis
dans un deuxième temps nous nous attacherons à lutter contre
les facteurs prédisposants conséquences des maladies chroniques
et du vieillissement.
En
rééducation nous pouvons :
1.
Lutter contre les facteurs précipitants extrinsèques
en agissant sur
L’habillement
de la personne :
- Demander
de mettre des chaussures fermées, tenant bien le pied, avec
un talon de 1 cm de hauteur et une semelle pas trop épaisse
mais large.
- Eviter
de mettre des pantalons trop longs et trop larges.
- Préférer
les caddies à roulettes pour les courses au lieu des sacs
- Pose
de coquille de protection au niveau des hanches
Le
mobilier :
- Choisir
une bonne hauteur de lit et de fauteuil (ni trop haut, ni trop bas).
- Ne
pas utiliser de fauteuil ou de chaise à roulettes
- Préférer
les fauteuils à accoudoir aux chaises
Les
conditions locales dangereuses :
- Eclairer
correctement les pièces ainsi que les escaliers
- Coller
des bandes claires en bordure de marche dans les escaliers
- Poser
des barres d’appui dans la salle de bain, les toilettes
- Installer
des rampes des 2 côtés dans les escaliers
- Fixer
un siège de douche
- Mettre
des tapis antidérapants dans la baignoire ou la douche
- Prévoir
un paillasson antidérapant et pas trop haut devant la porte
- Eviter
les changements environnementaux fréquents
- Placer
les objets usuels dans des endroits facilement accessibles
Les
sols :
- Supprimer
les tapis et les descentes de lit
- Sinon
fixer les tapis au sol si ceux-ci sont peu épais
- Eviter
de laisser traîner les fils électriques
- Préférer
les téléphones sans fil
- Ne
pas cirer les parquets et surtout les escalier
- Attention
au carrelage irrégulier et au décalage de niveau entre
chaque pièce
2.
Lutter contre les facteurs prédisposants, en agissant sur :
Les
douleurs articulaires rhumatismales :par l’apport
- de
la chaleur sous toutes ses formes
- des
massages
- de
l’électrothérapie antalgique.
Les
raideurs articulaires, en utilisant :
- des
techniques de mobilisations douces des hanches, du bassin ++++
- des
étirement
- la
balnéothérapie quand il n’y a pas de contre-indication
médicale est un adjuvant non négligeable.
L’amyotrophie
musculaire, en pratiquant :
- des
exercices actifs des membres inférieurs, supérieurs et
du tronc, sans résistance en position assise et couchée
au départ puis en position debout face à un espalier ou
une barre
- en
ajoutant de petites résistances à l’aide de bandes élastiques
(chaque couleur correspondant à une résistance différente)
- en
utilisant l’électrostimulation musculaire basse fréquence
compensée à moyenne nulle (sans risque si matériel
d’ostéosynthèse)
La
baisse des capacités sensorielles et proprioceptives, en
effectuant :
- des
exercices de déstabilisations effectués en position assise,
à genoux, chevalier servant puis debout.
- des
exercices de poussées, le patient étant assis sur un ballon
de Klein Vogelbach …
- les
yeux ouverts puis fermés
Le
repositionnement du centre de gravité, en effectuant :
- des
exercices de biofeedback sur une plate-forme d’équilibre qui
consistent à repositionner la ligne de gravité au milieu
du polygone de sustentation. L’exercice est effectué dans un
premier temps en statique puis en dynamique. Lentement puis de plus
en plus vite, agissant ainsi sur le temps de réaction de la personne.
La
perte de l’appui podal antérieur, par :
- l’utilisation
de plans inclinés vers l’avant lors des exercices de mises en
charge
- des
déséquilibres antérieurs provoqués par des
poussées postérieures
- l’utilisation
de basculines placées à l’avant des pieds, les talons
reposant sur une cale
- l’application
de la technique de " Perfetti " : exercices
avec des ressorts sous l’avant pied
- la
pose d’une talonnette dans les chaussures
- le
choix de chaussures avec talon plat, large d’environ 1 cm de hauteur
maximum
Les
troubles cognitifs, par :
- le
travail de transfert d’appui sur un pied à l’aide de basculines
- entre
les barres parallèles puis avec l’aide d’une barre puis sans
aide
- en
piscine puis à sec
- en
unipodal sur une table de verticalisation
- en
augmentant le temps d’appui progressivement
- les
yeux ouverts puis fermés
Les
troubles de l’équilibre, par des exercices :
- de
déstabilisations
- de
reprogrammation neuro-musculaire dans différentes positions (DD,
DL, 4 pattes, chevalier servant, à genoux, debout) ; sur
plan stable puis instable ; en bipodal puis unipodal (en diminuant
progressivement le polygone de sustentation) ; les yeux ouverts
puis fermés .
Les
troubles de la marche, en :
utilisant
des aides techniques : déambulateurs, cannes...
travaillant
la dissociation des ceintures en décubitus dorsal puis debout
réalisant
des déplacements (latéraux, en fentes avant, arrières)
; des pas croisés
effectuant
des exercices d’enjambement d’obstacles
pratiquant
les montées et descentes des escaliers
sans
oublier d’y associer des exercices de coordination (marche avec lancers
de ballon et mouvements de la tête, à travers des cerceaux,
autour de cônes, en Zigzag …)
ainsi
que la rééducation occulo-céphalogyre
La
diminution des exercices physiques, par:
- la
pratique du vélo d’appartement
- la
marche sur terrain plat
- la
natation ….
Le
syndrome post-chute, en apprenant à la personne à :
se
lever d’une chaise : exercice du pencher en avant ; la personne
doit aller toucher des cônes placés au sol en face d’elle.
effectuer
les transferts : les retournements, les reptations…
se
relever du sol : en passant par la position décubitus ventral,
4 pattes, à genoux, à genoux dressés et debout
en s’aidant de ses bras.
Elle
devra apprendre à ramper en ventral pour s’approcher d’une chaise
ou d’un point fixe lors du passage à genoux dressé-debout.
amortir
les chutes : un peu comme au judo, en enroulant bien la tête
et en s’aidant des bras
Il
faudra demander à la personne d’effectuer les changements de
position lentement et douceur à cause de l’hypotension orthostatique.
Le
mauvais état général et psychologique, en demandant
à la personne :
d’être
vigilante lors de la prise de certains psychotropes
de
corriger un déséquilibre nutritionnel
d’avoir
une activité intellectuelle régulière
de
sortir et de participer à des groupes d’animation physique ….
CONCLUSION
La
prévention passe par la sensibilisation des patients et par une
collaboration étroite entre médecins, kinésithérapeutes,
ergothérapeutes, psychomotriciens et soignants.
Certains
ateliers " Equilibre " sont proposés et ont
pour objectifs :
- de
réassurer la stabilité posturale,
- de
diminuer l’impact psychologique de la chute en apprenant aux personnes
de plus de 65 ans à se relever du sol,
- d’améliorer
leur insertion sociale.
Ces
ateliers ont débutés en Bourgogne de 1993 à 1995
puis en Franche-Comté. Depuis 1998, le programme s’est implanté
dans 10 autres régions dont la Lorraine. En 2000, la CRAM a financé
la création de nouveaux ateliers en plus des ateliers " Equilibre " :
Nutrition, sommeil, prise de médicament et maintien de l’exercice
physique. Les résultats et l’évolution on permis de démontrer
une amélioration nette et persistante de l’aptitude à l’équilibre
et un gain dans la réinsertion sociale.
BIBLIOGRAPHIE
- Troubles
de la marche et de l’équilibre. Chutes chez le sujet âgé :
Dr M Debray janvier 2003 Faculté de médecine de Grenoble
- Les
chutes : Corpus de gériatrie – janvier 2000
- Prévention
des fractures de la hanche au 3ème âge :
colloque du 18 octobre 2001
- Prévention
des chutes chez les personnes âgées www.eergoalliance.fr/formations_médico/liste
- Prévention
des effets du vieillissement : CRAM
- Savoir
éviter les chutes pour préserver son bien-être et
son autonomie. CFES : novembre 2000
- Dépendance
des personnes âgées, prévention des chutes. URCAM :
27 novembre 2003
- American
Geriatrics Society, British Geriatrics Society, American Academy of
Orthopedic Surgeons Panel on Falls Prevention. Guideline for the prevention
of falls in older persons. J Am Geriatr Soc 2001
- Gymnastique
sur ballon : S. Klein-Vogelbach, Masson 1995
- L’exercice
thérapeutique cognitif pour la rééducation du patient
hémiplégique : Carlo Perfetti, Masson 2001
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