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1.1.
Hormone de croissance et os
1.
Les effets osseux de l'hormone de croissance (J. CHATELAIN, NANCY)
Les
effets osseux de l'hormone de croissance ont été étudiés
tout au long des essais cliniques de la GH chez les enfants et des adultes
déficitaires. Les actions sur les marqueurs biochimiques du remodelage
osseux sont largement démontrées. Les effets antifracturaires
sont hypothétiques et basés sur des arguments épidémiologiques.
L'impact de la GH sur la densité minérale osseuse est positif
mais modéré et pourrait être expliqué par des
biais méthodologiques.
En 1997, Boot et collaborateurs [1] ont étudié l'évolution
de la masse osseuse pendant 24 mois chez 40 enfants déficitaires
âgés en moyenne de huit ans. L'augmentation de la masse grasse
et la diminution de la masse maigre s'accompagnent d'une évolution
biphasique de la masse osseuse. Le contenu minéral osseux tend
à diminuer pendant les premiers mois de traitement et augmente
ensuite jusqu'à 24 mois. La compensation se fait tant en valeur
absolue, qu'en valeur compensée pour l'âge et la taille osseuse.
Chez l'adulte déficitaire en GH, les doses substitutives de GH
sont nettement plus faibles que chez l'enfant. Les effets osseux de la
GH sont plus difficiles à mettre en évidence. Le travail
de Götherström, publié en 1998 [2], a suivi 118 adultes
déficitaires âgés de 22 à 78 ans pendant une
durée de cinq ans. La dose de GH a été progressivement
diminuée en veillant à maintenir les taux sériques
d'IGF-1 dans les limites de la normale. La densité minérale
osseuse augmente significativement au niveau du col du fémur et
de la colonne lombaire pendant les cinq années de traitement. La
diminution de la masse grasse est plus importante chez les hommes que
chez les femmes et les profils de variation de la densité minérale
osseuse sont différents entre les deux sexes. Chez la femme, la
densité minérale osseuse diminue de manière non significative
après six mois de traitement puis remonte pour atteindre un gain
significatif de 3 % de DMO au niveau lombaire. Chez l'homme le gain de
DMO est proche de 7 % entre L1 et L4. Ces augmentations laissent augurer
un effet antifracturaire.
L'important travail de Bex et collaborateurs [3], a suivi 59 hommes et
41 femmes âgés de 25 à 65 ans pendant 24 mois. Aucune
augmentation significative de la densité minérale osseuse
n'a été constatée chez les femmes. Chez les hommes,
les variations de DMO étaient significatives +6,8 % au niveau lombaire,
+3,5 % au niveau du col fémoral total, -2,6 % au niveau du radius
ultradistal.
Davidson et collaborateurs ont compilé les résultats publiés
dans la littérature scientifique sur les effets osseux de la GH
[3]. Les auteurs ont repris les résultats de 18 essais cliniques
regroupant 700 patients. Les durées de suivi varient entre 12 semaines
et 24 mois. Curieusement, on n'y retrouve pas la publication de Götherström
[2]. Cette méta-analyse est méthodologiquement correcte.
Elle montre le poids statistique de l'étude de Bex [3] dans l'interprétation
des résultats. Elle trouve une augmentation significative de la
densité minérale osseuse lombaire après six mois
et après 18 mois de traitement par GH. Malheureusement, les auteurs
n'ont pas du tout tenu compte des différences majeures observées
entre les deux sexes. Cette interprétation limitée gomme
les résultats positifs chez les hommes et l'absence de résultats
chez les femmes. Cette méta-analyse montre, s'il était nécessaire,
qu'il vaut mieux lire les articles et prendre connaissance du sujet avant
de mouliner des chiffres.
Le bénéfice prépondérant du traitement par
GH pour l'os de l'homme déficitaire peut être lié
à différents facteurs. Plusieurs travaux montrent que l'hormone
de croissance contribue puissamment à l'efficacité d'autres
traitements à visée osseuse, tels que les bisphosphonates.
[1]
Boot AM, Engels MA, Boerma GJ, Krenning EP, De Muinck Keizer-Schrama
SM. Changes in bone mineral density, body composition, and lipid metabolism
during growth hormone (GH) treatment in children with GH deficiency.
J Clin Endocrinol Metab 1997;82(8):2423-8 [résumé][fac-simile]
[2] Gotherstrom G, Svensson J, Koranyi J, Alpsten M, Bosaeus I, Bengtsson
B, Johannsson G. A prospective study of 5 years of GH replacement therapy
in GH-deficient adults: sustained effects on body composition, bone
mass, and metabolic indices. J Clin Endocrinol Metab 2001;86(10):4657-65
[résumé]
[3] Bex M, Abs R, Maiter D, Beckers A, Lamberigts G, Bouillon R. The
effects of growth hormone replacement therapy on bone metabolism in
adult-onset growth hormone deficiency: a 2-year open randomized controlled
multicenter trial. J Bone Miner Res 2002;17(6):1081-94 [résumé]
[4] Davidson P, Milne R, Chase D, Cooper C. Growth hormone replacement
in adults and bone mineral density: a systematic review and meta-analysis.
Clin Endocrinol 2004;60(1):92-8 [résumé]
1.2.Traitement
par hormone de croissance dans l'arthrite chronique juvénile (ACJ)
13 enfants atteints d'ACJ ont bénéficié durant trois
an d'un injection hebdomadaire de GH recombinante (0.46 mg/kg), avec surveillance
de la composition corporelle en DXA et de la tolérance glucidique.
Les résultats sont intéressants, bien qu'il ne s'agisse
pas d'une étude contrôlée, puisqu'on observe à
la fois une augmentation de la vitesse de croissance osseuse, de la masse
maigre et du BMD lombaire. Le retard de croissance reste important, avec
des variations individuelles marquées. Une intolérance glucidique
est apparue chez 6 patients, mais sans augmentation significative de l'hémoglobine
glyquée ni diabète (complication sans doute liée
à la fois à la corticothérapie et au traitement).
Simon
D, Lucidarme N, Prieur AM, Ruiz JC, Czernichow P. Effects on growth
and body composition of growth hormone treatment in children with
juvenile idiopathic arthritis requiring steroid therapy. J Rheumatol.
2003;30:2492-9 (résumé)
2.
Pertes de poids et os
2.1.
La perte de poids augmente le risque de fracture du col du fémur
chez les femmes âgées
La
densité minérale osseuse et le poids sont fortement corrélés,
particulièrement dans les sites de contraintes mécaniques
tels que la colonne lombaire et le col du fémur. La Rancho Bernardo
Study a démontré, dès 1993, après ajustement
des divers acteurs de confusion, que le poids est le meilleur prédicteur
de la densité minérale osseuse [1].
Au cours de l'étude Framingham, le suivi pendant quatre ans d'une
population d'hommes et de femmes âgés de 74 ans en moyenne
à l'entrée dans l'étude, a permis de détailler
les facteurs qui déterminent la perte de masse osseuse. Un faible
poids et la perte de poids sont corrélés à la perte
de masse osseuse, plus que de faibles apports alimentaires en calcium
ou des taux plasmatiques bas [2].
La
perte de poids provoque la perte de masse osseuse :
Les effets d'un régime alimentaire volontaire n'ont pas été
documentés jusqu'au travail de Ensrud [3]. Une cohorte de 6785
femmes âgées de 65 ans et plus a été suivie
pendant quatre ans. Les patientes ont été stratifiées
en fonction de leur évolution pondérale : prise de poids
(> 5 %), poids stable (entre -5 % + 5 %), perte de poids (<
- 5 %). Les variations de la densité minérale osseuse sont
résumées dans le graphique ci-dessous. La perte de poids
s'accompagne d'une perte osseuse significativement plus importante qu'en
cas de maintien ou de gain de poids. Mais il n'y a pas de différence
entre le groupe de patientes qui perdent du poids volontairement et le
groupe dont la perte de poids est involontaire : -0,84 %/ an [IC95%= -0,99
à -0,69] versus -0,95 %/an [IC95%= -1,06 à -0,85].
La
perte de poids augmente le risque de fracture du col du fémur :
Dans la même étude [3], les auteurs ont comparé le
risque relatif de fracture du col du fémur entre le groupe dont
le poids est resté stable (RR=1,00) et celui des sous-groupes de
patientes qui ont perdu du poids volontairement ou involontairement. Le
risque de fracture du col du fémur est systématiquement
augmenté chez les femmes qui ont perdu du poids. Le risque relatif
de fracture du col du fémur est augmenté chez toutes les
patientes qui perdent du poids. La surcharge pondérale initiale
ne les protège pas. Il n'y a pas de différence entre la
perte de poids volontaire et la perte involontaire. Les commentaires des
études précédentes penchent en faveur du rôle
de l'altération de l'état général et d'une
pathologie associée qui auraient pu expliquer l'amaigrissement
et l'augmentation du risque fracturaire.
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Perte
de poids involontaire
|
Perte
de poids volontaire
|
| BMI
< 25,9 kg/m² |
1,47
(1,11-1,94)
|
2,00
(0,83-4,80)
|
| BMI
> 25,9 kg/m² |
2,45
(1,49-4,04)
|
2,48
(1,33-4,62)
|
Risque
relatif de fracture du col du fémur (BMI = indice de masse
corporelle)
Conclusion
:
La perte de poids chez la femme âgée est un facteur de risque
indépendant de fracture du col du fémur. Il paraît
important d'accompagner la réduction pondérale d'une activité
physique adaptée et, si nécessaire, d'une rééducation
proprioceptive afin d'éviter l'amyotrophie et la dégradation
des capacités motrices.
[1]
Edelstein SL, Barrett-Connor E. Relation between body size and bone
mineral density in elderly men and women. Am J Epidemiol 1993;138(3):160-9
[résumé]
[2] Hannan MT, Felson DT, Dawson-Hughes B, Tucker KL, Cupples LA, Wilson
PW, Kiel DP. Risk factors for longitudinal bone loss in elderly men
and women: the Framingham Osteoporosis Study. J Bone Miner Res 2000;15(4):710-20
[résumé]
[3] Ensrud KE, Ewing SK, Stone KL, Cauley JA, Bowman PJ, Cummings SR;
Study of Osteoporotic Fractures Research Group. Intentional and unintentional
weight loss increase bone loss and hip fracture risk in older women.
J Am Geriatr Soc 2003;51(12):1740-7 [résumé]
2.2.
Masse osseuse après gastroplastie
|

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Le
"Roux-en-Y bypass surgery" est proposée
outre atlantique pour le traitement d'obésité morbide
(BMI >40kg/m²). Cette intervention associe réduction
du volume de l'estomac (15-20 ml !) et court circuit gastrique
par une anse intestinale montée (cf. figure). L'étude
de Coates (Pittsburg) a évalué les conséquences
osseuses de cette chirurgie:
- chez
25 patients opérés depuis plus de 6 mois, comparés
à une population de référence, on constate
une augmentation des télopeptides urinaires, et à
moindre degré de l'ostéocalcine (pas de différence
pour les phosphatases alcalines osseuses)
- chez
15 patients suivis prospectivement durant 9 mois (perte de
poids en moyenne 37 ± 9 kg): le BMD (DXA) diminue significativement:
rachis - 3.3 %, hanche -5.5 % (col) & -7.8 % (total),
corps entier -3.0%
|
Ces
effets apparus malgré l'optimisation de l'apport vitamino-calcique
sont vraisemblablement en relation avec les conséquences métaboliques
bien documentées de cette intervention. Notons pour le BMD qu'il
est difficile d'affirmer l'exactitude des mesures densitométriques
dans ces conditions d'excès pondéral majeur, où l'intervention
est également susceptible de provoquer une hétérogénéité
de la composition des parties molles abdominales.
Coates
PS, Fernstrom JD, Fernstrom MH, Schauer PR, Greenspan SL. Gastric bypass
surgery for morbid obesity leads to an increase in bone turnover and
a decrease in bone mass. J Clin Endocrinol Metab. 2004;89(3):1061-5
[résumé]
3.
Actualités thérapeutiques : Ranélate de Strontium
Nous
avions déjà abordé dans la lettre
N°6 les premiers résultats cliniques du ranélate
de strontium. L'étude pivot concernant la fracture vertébrale
vient de paraître dans le NEJM. Voici les points essentiels de cette
étude intitulée SOTI (pour Spinal Osteoporosis
Therapeutic Intervention)
Population
étudiée & traitement
Il s'agit d'une étude de phase III, randomisée en double
aveugle, multicentrique (72 centres, Europe et Australie), concernant
des femmes de plus de 50 ans, ménopausées depuis 5 ans au
moins, ayant au moins un tassement vertébral pauci-traumatique
et un BMD lombaire < 840mg/cm² (Hologic). Les patientes
reçoivent durant 3 ans soit 2g/j de ranélate de strontium,
soit un placébo, avec un apport vitamino-calcique adéquat.
1640 patientes ont été incluses, 826 ranélate de
strontium, 814 placebo. Ces critères d'inclusion stricts expliquent
que les patientes soient âgées de 69 ans et ménopausées
depuis plus de 21 ans, avec une DMO lombaire basse (725mg/cm², Tscore
-3.5), et surtout une incidence de nouvelles fractures vertébrales
élevées (12.2% à un an, 32.8% à trois ans
dans le groupe placebo).
Critères
d'évaluation et statistiques
Le critère principal de l'étude est l'incidence des fractures
vertébrales, avec radiographies du rachis dorso-lombaire de
profil (3 incidences) à T0 puis tous les ans (4 séries de
radiographies). Avec une petite entorse à l'analyse en intention
de traiter (les patientes n'ayant aucun suivi radiologique ont été
écartées, ce qui représente 12.1%). 1260 patientes
soit 76.8% ont terminé les 3 ans d'étude, (628 strontium,
632 placebo).
Les critères secondaires sont densitométriques, biologiques,
et bien sûr tolérance.
|
Résultats
: dans le groupe traité :
- l'incidence
de nouveaux tassements vertébraux (cf. figure) diminue
de 49% dès la première année (RR 0.51,
IC 0.36 - 0.74, p<0.001). A trois ans, la diminution est
de 41% (RR 0.59, IC 0.48 - 0.73, p<0.001) ;
- la densité
osseuse augmente progressivement sans plateau (à trois
ans, +12.7% s au rachis, +8.6%au fémur total, soit en
corrigé +8.1%) ;
- les marqueurs
du remodelage ont une évolution pluri-phasique, avec
par rapport au groupe contrôle diminution des télopeptides
et augmentation des phosphatases alcalines osseuses (action
antiostéoclastique et de stimulation de l'ostéoformation)
;
- les effets
secondaires sont peu sévères, essentiellement
digestifs (disparaissant après 3 mois de traitement),
et augmentation asymptomatiques des créatine kinases.
|
 |
En résumé,
le ranélate de strontium à la dose de 2g/j fait désormais
partie du club fermé des traitements de la fragilité osseuse
réduisant le risque de tassements vertébraux dès
la première année de traitement.
A lire également
: le ranélate
de Strontium, par Ch. ROUX (pages GRIO de la lettre du RHUMATOLOGUE,
accessibles en fac-simile sur
le site du GRIO).
Meunier
PJ, Roux C, Seeman E, Ortolani S, Badurski
JE, Spector TD, Cannata J, Balogh A, Lemmel E-M, Pors-Nielsen S, Rizzoli
R, Genant HK, Reginster J-Y. The Effects of Strontium Ranelate on the
Risk of Vertebral Fracture in Women with Postmenopausal Osteoporosis.
N Engl J Med 2004; 350:459-468 [résumé]
5. THS actualités
Le
THS suscite encore de nombreuses publications. Citons :
Incidence
du cancer du colon et THS : cette publication reprend les données
de la WHI : l'incidence de cancer du colon est moindre dans le groupe
sous oestrogènes (réduction de 44%; IC 19--62%), mais ces
cancers sont découverts à des stades plus avancés
(atteinte ganglionnaire, métastases), ceci d'interprétation
délicate. Chlebowski RT, Wactawski-Wende J, Ritenbaugh C, et
al. Estrogen plus progestin and colorectal cancer in postmenopausal women.N
Engl J Med. 2004;350(10):991-1004 [résumé]
Pas d'effet protecteur
du THS sur la pathologie artérielle périphérique.
Hsia J, Criqui MH, Rodabough RJ, et al. Estrogen plus progestin and
the risk of peripheral arterial disease: the Women's Health Initiative.
Circulation. 2004 Feb 10;109(5):620-6 [résumé]
Arrèt
du bras oestrogènes seuls de l'étude WHI : le traitement
n'a pas d'effet protecteur cardiaque, et le risque d'AVC augmente. Oestrogen
only arm of women's health initiative trial is stopped. JH Tanne. BMJ,
& Estrogen Trial Halted. Hampton T. JAMA 2004;291 1434
La
prescription des antibiotiques est associées à un
risque accru de cancer du sein. Ces données ne sont pas aisées
à interpréter. Cet article aborde également les effets
des oestrogènes..
Velicer CM, Heckbert SR, Lampe JW, Potter JD, Robertson CA, Taplin
SH. Antibiotic use in relation to the risk of breast cancer. JAMA. 2004;291(7):827-35
[résumé]
L'étude HABITS, concernant la prescription d'oestrogènes
après cancer du sein, a été interrompue du fait d'un
risque accru de récidive homo ou controlatérale
Holmberg L, Anderson H; HABITS steering and data monitoring committees.
HABITS (hormonal replacement therapy after breast cancer--is it safe?),
a randomised comparison: trial stopped. Lancet. 2004;363(9407):453-5 [résumé]
A
consulter sur le site : le
point de vue de Cl. RIBOT
(résumé de la communication de la 16ème journée
scientifique du GRIO)
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