|
1. Editorial : Pr
Cl RIBOT
Etude
WHI (suite)
Chapitre
III : "Où l'on apprend que le traitement hormonal de la
ménopause rend fou "
En
plus de favoriser les infarctus et autres accidents coronariens, les phlébites
et les embolies pulmonaires, les accidents vasculaires cérébraux,
les formes les plus graves du cancer du sein (comme on pourra le lire
dans le chapitre IV, prochain N° de la lettre du GRIO...), voilà
maintenant que le " traitement hormonal de la ménopause "
augmente le risque de démence et altère les capacités
de la mémoire. Telles sont les conclusions des récentes
publications de la WHI, dont les résultats de plus en plus inquiétants
tombent sans discontinuer depuis quelques mois dans le JAMA. N'en jetez-plus
!
Quelles
sont les données ?
- 4 531 femmes
(sur les 16 805 femmes incluses dans la WHI) âgées de
plus de 65 ans, dont la moitié avait reçu le placebo
et l'autre l'association combinée continue, estrogènes
conjugués équins (ECE) + acétate de médroxyprogestérone
(MPA), ont contribué à une sous-étude
sur les fonctions cognitives (WHIMS).
- Le suivi moyen
a été de 4 ans avec une évaluation régulière
tous les ans.
- Les résultats
concernant la survenue des "probables démences" sont
résumés sur le tableau ci-dessous :
|
Placebo
|
ECE
+ MPA
|
Risque
Relatif (IC 95 %)
|
|
21
|
40
|
2,05
(1,21-3,48)
|
En
valeur absolue, le nombre de cas supplémentaires chez les femmes
traitées est ainsi de 23 cas/10 000 femmes/an.
Que
faut-il en penser ?
Il
ne sert à rien d'ergoter sur les chiffres ou la méthodologie
statistique. Je crois que face à cette avalanche de données
accablantes, qui laissent à penser que les américains ont
enfin découvert leur "arme de destruction massive",
deux attitudes doivent être discutées :
- La première
est d'admettre que ces résultats sont extrapolables
à toutes les formes d'administration des hormones sexuelles
aux femmes ménopausées et que pour des raisons qui nous
échappent, cette administration est effectivement dangereuse.
Il faut oublier la physiologie, les résultats des multiples
travaux expérimentaux et cliniques, faire fi de l'observation
clinique, toutes données qui nous le savons, pèsent
peu de poids face à "l'evidence based medicine".
Cette opinion est actuellement partagée par beaucoup, pour
certains par idéologie, pour d'autres par prudence. Quoi qu'il
en soit et dans cette optique, la seule conclusion pratique est de
mettre le THS "hors la loi". Que représentent en
effet, les avantages sur la qualité de vie (discutés
du reste dans la WHI), les 5 fractures du col du fémur, les
6 cancers du colon évités face aux 35 accidents vasculaires
artériels et veineux, aux 8 cancers du sein, aux 20 démences
supplémentaires qui seront observés chaque année
chez 10 000 femmes traitées. Dans cette optique également,
à quoi rime de proposer, même pour une durée maximale
de 5 ans, un traitement dont la majorité des effets secondaires
surviennent durant les 2 ou 3 premières années.
- La seconde -
et personne ne sera étonné que je me place plutôt
dans cette perspective - est de considérer que ces résultats
sont spécifiques d'une population donnée, qui
a reçu un traitement associant des estrogènes conjugués
équins et de l'acétate de médroxyprogestérone
tous les jours, schéma thérapeutique qui n'a rien d'un
traitement hormonal substitutif, ni par les molécules
utilisées, ni par leur voie et leur mode d'administration.
Quant à la population, on ne saurait considérer cette
cohorte, âgée en moyenne de 63 ans, dont plus d'un tiers
avait une obésité et dont 16 % avait déjà
reçu un traitement hormonal, comme représentative des
femmes vues en début de ménopause pour une stratégie
de prévention primaire. Est-ce vraiment de " l'evidence
based medicine " ou de " l'evident bad medicine "
?…
Il
faut alors comprendre avant d'admettre les raisons de certains effets
secondaires inattendus (notamment au plan vasculaire et sur les caractéristiques
des tumeurs du sein) et savoir qu'actuellement, au moins 2 voies d'explication
apparaissent :
- La première
tient aux caractéristiques pharmacologiques intrinsèques
à ce schéma thérapeutique, dont les effets sur
les marqueurs de l'inflammation sont de plus en plus documentés.
Cet effet pro-inflammatoire est d'autant plus important à
considérer que l'on connaît son rôle central dans
la physiopathologie des lésions vasculaires périphériques
ou cérébrales et du cancer du sein.
- La seconde tient
à une susceptibilité génétique face à
certains risques pathologiques qui pourrait être révélée
par un traitement hormonal et les premiers résultats étayant
cette hypothèse commencent à apparaître.
Dans cette optique, il faut donc disposer de travaux complémentaires,
notamment cliniques, puisque le rôle des marqueurs intermédiaires,
plus que jamais, apparaît comme secondaire.
Dans
tous les cas et quel que soit le cadre dans lequel on se place, il est
certain qu'un des points positifs de ces résultats est d'inciter
à une meilleure évaluation des indications du traitement
hormonal. Il est temps de reconnaître que la mise en route d'un
tel traitement chez une femme qui aborde sa phase post-ménopausique
ne doit plus être posée qu'après une évaluation
soigneuse de tous les risques de santé potentiels, qu'ils soient
osseux, vasculaires, gynécologiques ou autres. C'est la seule voie
qui devrait permettre, dans l'attente de résultats complémentaires,
de ne pas jeter aux orties un traitement dont beaucoup de femmes peuvent
réellement bénéficier.
Références
- Ockene JK et
al. Estrogen Plus Progestin and the Incidence of Dementia and Mild
Cognitive. Impairment in Postmenopausal Women: The Women's Health
Initiative Memory Study: A Randomized Controlled Trial. JAMA 2003;289
2651-2662 [résumé]
- Rapp SR et al.
Effect of Estrogen Plus Progestin on Global Cognitive Function in
Postmenopausal Women: The Women's Health Initiative Memory Study:
A Randomized Controlled Trial. JAMA 2003;289 2663-2672 [résumé]
- Wassertheil-Smoller
S et al. Effect of Estrogen Plus Progestin on Stroke in Postmenopausal
Women: The Women's Health Initiative: A Randomized Trial. JAMA 2003;289
2673-2684 [résumé]
2.
inhibiteurs de l'aromatase : attention à
l'os !
Des
articles récents font le point concernant la place des inhibiteurs
de l'aromatase dans la prise en charge du cancer du sein (Goss,
Smith, Winer). Les anti-aromatases
de 3ème génération (tableau ci-dessus) sont de puissants
inhibiteurs de l'enzyme permettant la conversion dans les tissus périphériques
de l'androsténedione en śstrogène, source principale d'oestradiol
chez la femme ménopausée.
Ces médicaments représentent un progrès important
dans la prise en charge du cancer du sein exprimant des récepteurs
hormonaux chez la femme ménopausée. Ils sont administrés
per os, et bien tolérés. On
peut légitimement s'attendre à des effets délétères
sur le remodelage osseux, à la fois par l'absence d'effet estrogen-like
sur le squelette (contrairement au tamoxifène), et la diminution
de l'oestradiol circulant.
|
Les
inhibiteurs de l'aromatase de 3ème génération
|
|
stéroïdien
|
non
stéroïdien
|
|
exémestane
(Aromasine ®)
|
anastrozole
(Arimidex ®)
létrozole (Femara ®)
|
La
publication en juin 2002 des résultats de l'étude ATAC
(Arimidex, Tamoxifen, Alone or in Combination) est très
intéressante à ce point de vue : le but était de
comparer tamoxifène et anastrozole, ou l'association des deux,
comme traitement adjuvant du cancer du sein. Les résultats
|
sont résumés dans le tableau ci-dessous : le critère
principal est le délai avant récidive. Les récidives
sont moins fréquentes dans le groupe traité par
anastrozole. Les effets secondaires ont été colligés,
en particulier fractures. Malgré une médiane de
suivi relativement brève (33.3 mois), on constate une incidence
de fractures supérieure. La différence n'est pas
significative pour les fractures ostéoporotiques (tassement
vertébral, col du fémur, poignet). Il faut souligner
que les modalités de recueil des événements
fracturaires ne sont pas précisées : il n'est pas
impossible que l'incidence des tassements vertébraux soit
sous-évaluée. Les résultats moins intéressant
de l'association pourrait être liés à des
phénomènes de compétition tamoxifène
/ anastrozole.
|
 |
| |
Anastrozole |
Tamoxifène |
Anastrozole
+ Tamoxifène |
|
nombre
de patientes
|
3125
|
3116
|
3125
|
|
âge
|
64.1
+/- 9.0
|
64.1
+/- 9.0
|
64.3
+/- 9.1
|
|
pourcentage
de patients sans récidives
|
89.4
%
|
87.4
%
|
87.2 %
|
|
Fractures
|
183
|
115
|
142
|
|
Dont
fémur, rachis, poignet
|
70
|
48
|
51
|
Des données
concernant la densité osseuse et les marqueurs du remodelage (308
patientes de l'étude ATAC + 39 contrôles) ont été
présentées au congrès de l'ASBMR en septembre 2002
(Eastell) : à un an, la DMO lombaire diminue
de 2.6% dans le groupe traité par anastrozole, alors qu'elle augmente
de 1.0 % sous tamoxifène. Les NTX évoluent en sens inverse.
Au congrès de l'American Society
of Clinical Oncology (ASCO) de Chicago en juin 2003, on confirme à
47 mois de médiane de suivi les résultas à 33 mois
(Klijn). Les résultats concernant l'incidence
fracturaire semestrielle jusqu'au 48ème mois ont également
été rapportés (bras anastrozole versus bras tamoxifène)
(Locker) : la différence d'incidence fracturaire
est significative à 18 & 24 mois. L'acide
zolédronique évite la perte osseuse (Gnant),
mais il s'agit de résultats ne concernant que 138 patientes non
ménopausées.
A noter lors du congrès de l'ASBMR 2003 (Minneapolis - 19/23 septembre
2003) l'organisation d'un symposium
dédié à l'aromatase et l'os.
En
pratique, on peut retenir qu'il est très utile de surveiller
en densitométrie les femmes prenant un inhibiteur de l'aromatase,
contrairement à celles sous tamoxifène. Ce d'autant que
les résultats de l'étude ATAC laissent augurer que l'Arimidex
obtiendra bientôt une extension d'AMM comme traitement adjuvant
du cancer du sein.
Références
:
-
Baum M, Budzar AU, Cuzick J, Forbes J, Houghton JH, Klijn JG, Sahmoud
T; ATAC Trialists' Group. Anastrozole alone or in combination with tamoxifen
versus tamoxifen alone for adjuvant treatment of postmenopausal women
with early breast cancer: first results of the ATAC randomised trial.
Lancet. 2002 Jun 22;359(9324):2131-9. [résumé]
- Eastell
R, Hannon RA, Cuzick J, Clack G, Adams JE. Effect of Anastrozole on
Bone Density and Bone Turnover: Results of the Arimidex (Anastrozole),
Tamoxifen, Alone or in Combination (ATAC) study. ASBMR Sept 2002, San
Antonio. Abstract N° 1170
-
Gnant
M, Hausmaninger H, Samonigg H, et al. Changes in bone mineral density
caused by anastrozole or tamoxifen in combination with goserelin (+/-
zoledronate) as adjuvant treatment for hormone receptor-positive premenopausal
breast cancer: results of a randomized multicenter trial. Program
and abstracts of the 25th Annual San Antonio Breast Cancer Symposium;
December 11-14, 2002; San Antonio, Texas. Abstract 12. [sommaire
des abstracts]
-
Goss
P. Anti-aromatase agents in the treatment and prevention of breast
cancer. Cancer Control. 2002;9(2 Suppl):2-8 [résumé][fac-similé]
-
Klijn J et al. The ATAC (anastrozole, Tamoxifen,
Alone or in Combination) trial : an efficacy update, focusing on breast
cancer (BC) events, based on a median follow-up of 47 months. ASCO
Chicago 2003 Abstract
N° 338
-
Locker GY et al. The time course of bone fractures
observed in the ATAC (Arimidex, Tamoxifen, Alone or in Combination)
trial ASCO Chicago 2003 Abstract
N° 98
- Ravdin
P. Aromatase inhibitors for the endocrine adjuvant treatment of breast
cancer. Lancet. 2002 Jun 22;359(9324):2126-2127
-
Smith IE, Dowsett M. Aromatase Inhibitors in Breast Cancer. NEJM 2003,348:2431-2442
- Winer
EP, Hudis C, et al. American Society of Clinical Oncology Technology
Assessment on the Use of Aromatase Inhibitors as Adjuvant Therapy for
Women With Hormone Receptor-Positive Breast Cancer: Status Report 2002
J Clin Onc 2002:3317-3327[résumé]
[fac-similé]
& J Clin Onc 2003: 2597-2599.
3.
au JO
du 19 mars 2003, la publication de l' arrêté du 3 mars 2003
les listes des dispositifs médicaux soumis à l'obligation
de maintenance et au contrôle de qualité mentionnés
aux articles L. 5212-1 et D. 665-5-3 du code de la santé publique
[fac-similé]. Cet arrêté
concerne les absorptiomètres à rayons X (faisant partie
des dispositifs médicaux à finalité diagnostique
ou thérapeutique exposant les personnes à des rayonnements
ionisants). Ceux-ci sont soumis :
- à l'obligation
de maintenance (immédiatement applicable !!!)
- au contrôle
de qualite interne
- au contrôle
de qualite externe
Le
GRIO, via l'organisation du contrôle
de qualité, s'implique de longue date dans cette démarche.
Une commission se met en place afin de proposer les modalités d'applications
de cet arrêté.
3.
Sur la toile
A
signaler l'ouverture des pré-inscriptions pour le diplôme
d'université "Interprétation des
essais cliniques pour la pratique médicale". Il s'agit
d'un enseignement dispensé via l'internet (e-learning),
qui concerne tous ceux qui souhaitent pouvoir mieux lire les résultats
des essais cliniques, ce qui est particulièrement précieux
dans le domaine de l'ostéoporose.
|