1.
Les effets osseux des faibles dose d'estrogènes
(F. Trémollières)
Lindsay
R, Gallagher JC, Kleerekoper M, Pickar JH. Effect of lower doses of conjugated
equine estrogens with and without medroxyprogesterone acetate on bone
in early postmenopausal women. JAMA 2002; 287:2668-76 (résumé)
Description
de l'étude :
Cet article s'est attaché à évaluer l'efficacité
de faibles doses d'estrogènes dans la prévention de la perte
osseuse du début de la phase post-ménopausique (étude
HOPE). 822 femmes âgées de 40 à 65 ans (avec une ancienneté
de ménopause inférieure à 4 ans) ont été
randomisées en 8 groupes pour recevoir en double insu, en plus
d'une supplémentation calcique de 600 mg/j :
|
ECE
en mg/j (Estrogènes
conjugués équins)
|
MPA en mg/j
acétate de
médroxyprogestérone
|
nombre
de
patientes
incluses
|
nombre
de
patientes en fin
d'essai (2 ans)
|
|
0,625
|
/
|
102
|
45
(44,1%)
|
|
0,625
|
2.5
|
98
|
65
(66,3%)
|
|
0,450
|
/
|
101
|
63
(62,4%)
|
|
0,450
|
2,5
|
104
|
71
(68,3%)
|
|
0,450
|
1,5
|
98
|
71
(72,4%)
|
|
0,300
|
/
|
94
|
65
(69,1%)
|
|
0,300
|
1,5
|
105
|
77
(73,3%)
|
|
0
(placebo)
|
/
|
101
|
62
(61,4%)
|
Les
critères d'évaluation comprenaient l'évolution
de la densité minérale osseuse (DMO) à la colonne
vertébrale, à l'extrémité supérieure
du fémur et au corps entier à 2 ans ainsi que celle des
marqueurs biochimiques du remodelage osseux : ostéocalcine (OC)
et télopeptides N-terminaux du collagène de type I (NTX).
Les
résultats :
Au
plan densitométrique :
- L'analyse en
" intention to treat ", tout comme celle des femmes
réellement traitées a permis de montrer un gain vertébral
dans tous les groupes traités (p<0,01).
- Les femmes recevant
les ECE à la posologie de 0,625 mg/j avaient présenté
un gain osseux à ce site significativement plus élevé
que celles recevant 0,3 mg/j (+2,43% vs +1,33%, p = 0,02).
- De même
pour les 2 doses les plus élevées d'ECE, l'addition
de 2,5 mg/j de MPA permettait d'obtenir un gain supplémentaire
:+ 3,46% vs +2,43% (p = 0,03) pour la dose de 0,625 mg/j et +3,01%
vs 2,09% (p = 0,05) pour la dose de 0,45 mg/j
- Au col fémoral,
le gain osseux à 2 ans était significatif dans tous
les groupes traités par rapport au placebo (p<0,05). Aucune
différence n'a pu être noté entre les différentes
doses d'ECE et en fonction de l'addition ou non de MPA.
- Une réponse
osseuse identique était également observée au
corps entier.
Au
plan biologique, une diminution significative de l'OC et du NTX
était observée dans tous les groupes traités. A 2
ans, la diminution du NTX variait de -55% dans le groupe [ECE 0,625/MPA
2,5] à -34% dans le groupe [ECE 0,3/MPA 1,5]. De manière
générale, les 2 marqueurs étaient significativement
moins abaissés dans les 2 groupes recevant 0,3 mg d'ECE que dans
les autres groupes.
Pour
ce qui est de la tolérance et en dehors d'une plus grande
fréquence d'hyperplasie endométriale chez les femmes recevant
les estrogènes seuls (!!) (avec un effet-dose), la fréquence
des effets indésirables et les sorties d'étude ont été
comparables entre les différents groupes de traitement (16% de
sorties d'étude vs 9% dans le groupe placebo). Les mastodynies
étaient également significativement plus fréquentes
dans les 2 groupes ECE 0,625 mg/j (± MPA).
Commentaires
: Les résultats de cette étude, bien faite, randomisée
et contrôlée permettent de confirmer l'efficacité
même de faibles doses d'estrogènes (diminuées de moitié
par rapport à celle habituellement préconisées pour
la prévention de l'ostéoporose) pour freiner la perte osseuse
du début de la phase post-ménopausique. Il existait une
augmentation de la DMO à tous les sites osseux, significativement
plus marquée dans tous les groupes traités par rapport au
placebo. Cette étude permet également de confirmer la notion
d'un effet-dose pour diminuer le niveau de la résorption osseuse,
cette notion se traduisant par un gain aux vertèbres (site osseux
le plus métaboliquement actif) significativement plus faible dans
les groupes recevant la plus faible posologie d'ECE (on peut du reste,
regretter que les auteurs n'aient pas exprimé leurs résultats
au plan individuel en nous indiquant le pourcentage de " non réponses
" dans les différents groupes). La question qui demeure concerne
de ce fait le maintien du bénéfice à long terme de
ces faibles doses d'estrogènes tant sur le niveau de la densité
osseuse, qu'in fine vis-à-vis de leur efficacité anti-fracturaire.
En effet, cette étude ne permet pas de répondre à
cette question primordiale, notamment pour l'évolution au col du
fémur. Or, il apparaît de plus en plus probable qu'à
ce site, et même pour des posologies d'estrogènes "standards",
le pourcentage de "non réponses" soit plus important
à long terme (de l'ordre de 25% des femmes traitées) que
ce que les données issues des études à 2 ans pouvaient
laisser présager. De plus, une étude cas-contrôle
récente suggère que l'utilisation de ces faibles doses ne
serait pas associée à une diminution du risque de fracture
du col du fémur. En l'absence de données à plus long
terme, la prudence s'impose donc chez les femmes à risque présentant
déjà une diminution de leur DMO et une surveillance de l'effet
osseux de ces THS à faibles doses nous paraît à conseiller.
De plus, l'argument soulevé par certains d'une meilleure observance
des faibles doses d'estrogènes n'apparaît pas évident
sur la base de cette étude, les sorties d'études ayant été
identiques dans tous les groupes traités (à l'exception
du groupe ECE 0,625 mg/j sans progestatif associé, traitement par
ailleurs inconcevable dans la " vraie vie ", du fait de son
risque endométrial !).
|
NDRL
: l'analyse en intention de traiter
Il
s'agit d'une méthode d'analyse d'essais thérapeutiques
randomisés, où tous les patients sont pris en compte,
qu'ils aient ou non achevé leur traitement ou même
reçu ce traitement. En somme, aucun patient n'est exclu de
la statistique, dès lors qu'il est inclus dans l'essai.
Pour
en savoir plus :
|
2.
La
leptine, modulateur du métabolisme osseux ?
La
revue de la littérature publiées
dans la lettre GRIO n°6, juin 2002, concernant le rôle de la
leptine sur le tissu osseux a suscité un débat contradictoire.
Ci-dessous l’analyse du Pr Thierry Thomas, .
T.
Thomas (INSERM 9901, CHU de St-Etienne) ne partage pas les conclusions
de cette analyse. Voici pourquoi :
- Tout d'abord,
seuls les résultats de 3 études épidémiologiques
transversales sont discutés et il faut garder en mémoire
que seules des associations et non des relations de cause à
effet, peuvent être démontrées par ce type d’études.
Sato et al. (2001) ont effectivement montré
une association négative entre BMD (mesurée par absorptiométrie
monophotonique) et les concentrations sériques de leptine mais
aussi avec la masse grasse totale, dans une population d'hommes qualifiés
de jeunes par l'auteur de la revue, soit 52.1 +/- 8.7 ans... Il faut
remettre en perspective ces données avec le reste de la littérature
qui n'a jamais rapporté de relation négative entre masse
grasse et BMD d'une part et qui n'a habituellement montré une
relation positive entre ces deux paramètres que chez la femme
(Reid 1992, Khosla 1998)
d’autre part. En fait, la plupart des études publiées
vont dans le sens d'une association positive entre taux sériques
de leptine et BMD chez la femme quel que soit son âge (Pasco
2001, Thomas 2001, Yamauchi
2001, Blain 2002). Il est à ce propos
incorrect de prétendre que l’étude de la Mayo Clinic
(Thomas 2001) a été conduite
sur une population mal sélectionnée, notamment pour
l’âge, puisqu’il s’agit justement d’une cohorte stratifiée
pour l’âge, représentative de l’Olmsted County, Minnesota,
de 343 hommes et 349 femmes, sélectionnés à partir
de plus de 2000 patients.
- Ensuite, il
est important de rappeler les données expérimentales
qui ont montré in vitro l’effet stimulant de la leptine sur
la différenciation de cellules stromales préostéoblastiques
(Thomas 1999) et de cellules ostéoblastiques
matures (Reseland 2001), ainsi que son rôle
potentiel indirect d’inhibiteur de l’ostéoclastogenèse
à travers la stimulation de l’expression d’ostéoprotégérine
et l’inhibition de celle de RANK-L (Holloway 2000 ;
Burguera 2001) ou la stimulation de l’inhibiteur
naturel de l’IL1, IL1-RA (Gabay 2001). Ces résultats
pourraient expliquer les résultats d’études interventionnelles
chez le rat démontrant une prévention partielle ou complète
par l’administration périphérique de leptine, de la
perte osseuse induite par l’ovariectomie (Burguera
2001) ou l’immobilisation (Thomas 2001).
Il a également été montré que l’administration
de leptine à des souris mâles matures augmentaient la
résistance mécanique osseuse de plus de 20% (Cornish
2001). D’autres équipes utilisant le modèle de la
souris ob/ob déficiente en leptine, ont rapporté
chez des animaux jeunes traités par administration périphérique
de leptine, une très forte augmentation de la formation osseuse
corticale (Steppan 2000).
- Enfin, il paraît
indispensable de citer les travaux de Ducy et al.
(2000) rapportant chez le même modèle de la souris ob/ob
mais plus âgée (3 à 6 mois), une augmentation
de la masse osseuse trabéculaire associée à une
augmentation de la vitesse de minéralisation osseuse. De plus,
ces auteurs ont mis en évidence pour la première fois,
une possible régulation centrale de la formation osseuse puisque
l’administration intra-cérébro-ventriculaire de leptine,
à des doses ne modifiant pas les taux sériques, était
capable de normaliser cette masse osseuse.
Au
total, il est encore difficile d’avoir une image claire de la place
de la leptine dans le métabolisme osseux, permettant de réconcilier
ces différents résultats. L’obésité s’accompagnant
de phénomènes de résistance centrale à la
leptine, on peut proposer l’hypothèse que le rôle de la leptine
résulte d’une balance entre des effets périphériques
directs positifs et des effets centraux négatifs. La leptine est
donc certainement un modulateur du métabolisme osseux, mais
selon la maturité du tissu osseux, le site osseux trabéculaire
ou cortical, ou la voie d’action prédominante, elle pourrait être
anabolisante pro-formatrice, anti-résorptive limitant le taux de
remodelage, ou freinateur de la formation.
Références
- Blain
H, Vuillemin
A, Guillemin F, Durant R, Hanesse B, de Talance N, Doucet B, Jeandel
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women. J Clin Endocrinol Metab. 2002;87:1030-5
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Turner RT. Leptin reduces ovariectomy-induced bone loss in rats. Endocrinology
2001;142:3546-53
- Cornish
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The direct acions of leptin on bone cells increase bone strength in
vivo – an explanation of low fracture rates in obesity. Bone
2001;28(Suppl):S88
- Ducy
P, Amling
M, Takeda S, Priemel M, Schilling AF, Beil FT, Shen JH, Vinson C, Rueger
JM, Karsenty G. Leptin inhibits bone formation through a hypothalamic
relay: A central control of bone mass. Cell 2000;100:197-207
- Gabay
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J Clin Endocrinol Metab 2001;86:783-9
- Holloway
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mass in women. J Bone Miner Res 1996;11:857-63
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levels are associated with bone mass in nonobese women. J Clin Endocrinol
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Metab 1992:75:779-82
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and promotes bone mineralization. J Bone Miner Res 2001;16:1426-33
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and bone mineral density, and biochemical markers of bone turnover in
adult men. J Clin Endocrinol Metab 86:5273-6
- Steppan
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- Thomas
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F, Khosla S, Jensen MD, Burguera B, Riggs BL. Leptin acts on human marrow
stromal cells to enhance differentiation to osteoblasts and to inhibit
differentiation to adipocytes. Endocrinology 1999;140:1630-8
- Thomas
T, Burguera
B, Melton III LJ, Atkinson EJ, Riggs BL, Khosla S. Role of serum leptin,
insulin, and estrogen levels as potential mediators of the relationship
between fat mass and bone mineral density in men versus women. Bone
2001 ;29:114-20
- Thomas
T, de Vittoris R, David VN, Vico L, Lafage-Proust MH, Alexandre
C. Leptin prevents disuse-induced bone loss in tail-suspended female
rats. J Bone Miner Res 2001;16(Suppl1):S143
- Yamauchi
M, Sugimoto
T, Yamaguchi T, Nakaoka D, Kanzawa M, Yano S, Ozuru R, Sugishita T,
Chihara K. Plasma leptin concentrations are associated with bone mineral
density and the presence of vertebral fractures in postmenopausal women.
Clin Endocrinol 2001;55:341-7
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