| 
HYPERCALCIURIE
: QUEL BILAN ? QUEL TRAITEMENT ? Erick LEGRAND Service de Rhumatologie,
CHU Angers Définition
L'hypercalciurie est un symptôme biologique définie par une excrétion
urinaire du calcium supérieure à 4 mg / kg / 24 heures ( ou >
0,1 mmol /kg /24 heures). Ce symptôme biologique peut répondre à
un certain nombre d'étiologies nutritionelles, endocriniennes, rénales
ou osseuses (hypercalciuries secondaires). En l'absence de cause décelable
après une enquête clinique et biologique particulièrement
soigneuse, l'hypercalciurie est dite idiopathique. La persistance d'une hypercalciurie
fait courir deux risques potentiels au patient. Le risque de lithiase calcique
récidivante est bien réel puisque plus de 50% des patients lithiasiques
présentent une hypercalciurie. Le risque d'ostéoporose, toujours
débattu, semble faible en l'absence d'autre facteur de risque : la diminution
de densité osseuse est très modérée (1 DS au maximum)
et ne s'accompagne pas de la survenue de fractures ostéoporotiques.
La détermination de la calciurie des 24 heures est utile au décours
d'une lithiase. L'intérêt
de ce dosage est plus discutable devant une ostéoporose pour trois raisons
: -
Les autres dosages biologiques (en particulier calcémie, 25 OH vitamine
D et PTH) sont plus efficaces pour repérer une carence en vitamine D ou
une hyperparathyroïdie
-
La constatation d'une hypercalciurie, au décours du diagnostic d'ostéoporose,
est bien difficile à interpréter : simple conséquence de
la fracture? Simple reflet de l'hyperrésorption osseuse? Réel mécanisme
de la perte osseuse? Conséquence de l'excès de consommation de calcium
ou de vitamine D?
-
Il n'existe pas de preuves solides que le traitement d'une hypercalciurie idiopathique
par des thiazides réduise le risque de fractures.
Cette
détermination, si elle est réalisée, doit être effectuée
dans des conditions techniques et cliniques précises : mesure réalisée
au minimum sur deux journées consécutives, sur des urines bien mélangées,
à distance d'un épisode de colique néphrétique (délai
de deux mois), à distance d'une fracture vertébrale ou périphérique
(délai de deux mois) et en l'absence de toute prise médicamenteuse
de calcium ou de vitamine D.
Les hypercalciuries secondaires
I
- Les hypercalciuries diététiques Depuis une dizaine d'années,
de nombreux progrès ont été faits dans la compréhension
des liens étroits qui unissent les apports alimentaires spontanés
(de calcium, de sodium, de protéines, de glucides, d'alcool, de potassium)
et l'excrétion urinaire de calcium. L'influence de ces facteurs diététiques
est présente chez les sujets normaux, non lithiasiques, mais leur impact
est encore plus important chez les patients porteurs d'une hypercalciurie idiopathique.
L'excrétion urinaire de calcium est d'abord dépendante de la
ration calcique alimentaire et l'on admet actuellement qu'environ 6 à 7
% de la charge calcique alimentaire sera retrouvée dans l'excrétion
urinaire de calcium chez le sujet normal. Ce chiffre est doublé et même
triplé chez le patient porteur d'une hypercalciurie idiopathique. Ainsi,
à titre d'exemple, si la ration calcique passe de 400 mg à 1 g par
jour, la calciurie augmentera d'environ 40 mg chez les témoins et d'environ
100 mg chez le patient hypercalciurique. L'apport de sodium inhibe la réabsorption
tubulaire calcique et majore la calciurie et l'on admet que l'augmentation de
la ration sodée alimentaire de 6 g par jour élève la calciurie
d'environ 25 mg chez le sujet sain et de plus de 50 mg chez le lithiasique.
Il existe une relation épidémiologique entre la lithiase rénale
et l'apport en protéines animales d'origine non laitière (viandes).
Là encore, le lien entre la calciurie et l'apport protéique, présent
chez tous les individus, est plus net chez les sujets porteurs d'une hypercalciurie
idiopathique. Le catabolisme des acides aminés sulfurés (méthionine
en particulier) contenus dans la viande provoque l'apparition d'acides fixes et
de sulfates. Ces acides sont tamponnés par le carbonate de calcium au niveau
plasmatique ce qui conduit à un relargage du calcium et à son élimination
rénale. De plus, ils agissent directement sur le tubule rénal en
limitant la réabsorption calcique. Enfin, les sulfates, très faiblement
réabsorbés au niveau du rein, complexent le calcium urinaire et
limitent ainsi sa réabsorption tubulaire. L'ingestion de sucres et
d'alcool sont responsables d'une élévation transitoire de l'insulinémie
qui diminue la réabsorption tubulaire du calcium et provoque une hypercalciurie
transitoire. Une sévère privation en phosphore stimule la production
de vitamine D et de ses métabolites, facilitant l'absorption intestinale
calcique et l'hypercalciurie. Enfin, par des mécanismes encore mal
élucidés, une réduction des apports alimentaires en potassium
accroît l'excrétion urinaire de calcium et de phosphore. L'hypokaliémie
provoquerait une réduction de la réabsorption tubulaire des phosphates
et une hypophosphorémie relative qui stimulent la production de calcitriol
(et donc l'augmentation de l'absorption intestinale du calcium). II
- Les autres hypercalciuries secondaires De très nombreux contextes
étiologiques peuvent être associés à la présence
d'une hypercalciurie - Hypercalciuries liées à une augmentation
de l'absorption intestinale calcique : intoxication à la vitamine D, excès
de synthèse de 1-25 dihydroxyvitamine D (sarcoïdose, hyperparathyroidie)
- Hypercalciuries liées à une accélération de
la résorption osseuse : métastases, myélome, fractures récentes,
Paget, hyperparathyroidïe, hyperthyroidïe. - Hypercalciuries liées
à un défaut de la réabsorption tubulaire du calcium : hyperparathyroïdie,
hyperthyroïdie, diurétiques de l'anse, syndrome de Bartter, Tubulopathies,
dépéltion phosphatée, excès de magnésium, acidose
métabolique…
Le diagnostic de l'hypercalciurie Il comporte plusieurs étapes
distinctes :
-
S'assurer par l'interrogatoire qu'il n'existe pas une cause évidente :
- prise de
calcium et de vitamine D, de glucocorticoïdes ou de furosémide
- ostéopathie
connue : myélome, paget, fracture récente
-
sarcoïdose déjà diagnostiquée
-
Rechercher par l'examen clinique complet et les explorations biologiques
une hypercalciurie secondaire : - hémogramme,
CRP, électrophorèse des protéines
- ionogramme
sanguin et urinaire avec créatininémie
- bilan
phosphocalcique : calcémie et phosphorémie, phosphatases alcalines,
PTH, calciurie et phosphaturie, 25 OH vitamine D
- le
dosage de l'enzyme de conversion est utile devant un faisceau d'arguments en faveur
d'une sarcoïdose.
Cette
deuxième étape permet de repérer les diagnostics suivants
: maladie de Paget, myélome, métastases osseuses, hyperparathyroïdie
primitive, sarcoïdose, tubulopathies et diabète phosphoré. -
Analyser les facteurs diététiques favorisant l'expression de l'hypercalciurie
- enquête
alimentaire
- nouvelle
mesure de la calciurie sur 2 jours consécutifs après une semaine
de régime : suppression des produits laitiers et des eaux minérales
riches en calcium, une seule ration de 100 g de viande par jour, suppression des
charcuteries et du sel rajouté dans l'assiette, suppression de l'alcool.
- si la
calciurie est alors < 4 mg/kg/jour, on peut considérer que l'hypercalciurie
est d'origine diététique
- Si
ce bilan est totalement négatif et si la calciurie n'est pas normalisée
par le régime, il s'agit alors d'une vraie hypercalciurie idiopathique.
En l'absence
de conséquences thérapeutiques, il ne semble pas indispensable d'aller
plus loin dans les investigations, notamment pour clarifier le mécanisme
rénal ou intestinal de l'hypercalciurie.
Le traitement de l'hypercalciurie
-
Le traitement étiologique est toujours indispensable
-
Le régime, s'il permet de diminuer ou de normaliser la calciurie,
doit être poursuivi
- La
ration calcique sera toutefois maintenue normale : 800 mg / jour tout compris
car un régime pauvre en calcium est délétère pour
la masse osseuse et inefficace pour prévenir la récidive lithiasique.
Ce régime pauvre en calcium semble même favoriser la lithiase en
augmentant l'oxalurie, en raison d'une hyperabsorption colique des oxalates alimentaires
(défaut de complexation par le calcium dans le tube digestif).
- La
ration sodée sera limitée de façon à ce que l'excrétion
urinaire de sodium soit < à 200 mmol par 24 H.
- On
conseillera des apports en protéines sur la base de 1 mg / kg / jour en
diversifiant les sources protéiques et en limitant la consommation de viande.
- Un
programme de réduction du poids est utile chez les patients porteurs d'une
surcharge pondérale, en limitant en particulier la consommation d'alcool
et de sucres rapides.
- Assurer
une hydratation de 2 litres/ jour par une eau riche en calcium (Vittel, Contrexéville)
si le patient ne prend pas de produits laitiers et par une eau pauvre en calcium
(Volvic, Evian) si la ration calcique laitière est normale.
-
Les médicaments
La prescription de thiazides, qui positivent
la balance calcique, diminuent la calciurie d'environ 30 %, préviennent
la récidive lithiasique et semblent diminuer l'incidence des fractures
(- 20%) est très utile (25 puis 50 mg d'hydrochlorothiazide par jour en
surveillant la kaliémie. Ce traitement, non dénué d'effets
indésirables (asthénie, hypokaliémie) ne doit être
proposé que si le régime a été bien suivi sur plusieurs
mois et s'avère vraiment insuffisant. retour
programme 21ème journée mise
à jour : 29 janvier 2008 |