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XXème Journée scientifique du |
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OSTÉONÉCROSES
ET BISPHOSPHONATES Première
complication de l'usage à long terme des bisphosphonates l'ostéonécrose
de la mâchoire (ONM) a jeté le trouble, notamment chez nos collègues
stomatologues et dentistes. La physiopathologie de l'ONM n'est pas parfaitement
élucidée, reposant à la fois sur les propriétés
des bisphosphonates et la localisation très particulière de cette
nécrose. La
mâchoire est un os à haut remodelage, soumis en permanence à
des contraintes mécaniques importantes, génératrices en permanence
de micro-fissures. Dans un contexte de remodelage très diminué,
on peut penser que l'os n'a plus les propriétés pour répondre
à ces contraintes mécaniques. Cependant la survenue d'une ostéonécrose
n'est pas la réponse habituelle à l'inadaptation de l'os au niveau
de contrainte appliquée. La deuxième caractéristique de cet
os est son contact très étroit avec un milieu septique. La sur-infection
des ostéonécroses est couramment rapportée. Il est donc envisageable
qu'une infection torpide à germe lent comme actinomyces, favorisée
par un remodelage très diminué, soit la cause, ou un facteur favorisant,
de la nécrose. Signalons par ailleurs que dans des conditions septiques,
l'acidité locale pourrait favorise le relargage par la matrice osseuse
des bisphosphonates, augmentant ainsi leur concentration locale. A
l'opposé, des travaux expérimentaux ont montré que ces molécules
étaient capables de prévenir l'apoptose des ostéoblastes
et des ostéocytes, induite par la dexaméthasone et des travaux très
prometteurs existent concernant la prévention de l'aggravation des ostéonécroses
de la tête fémorale par les bisphosphonates. Le rationnel de l'utilisation
des bisphosphonates dans le traitement des ostéonécroses aseptiques
repose sur la notion que la fragilisation du foyer de nécrose est en fait
secondaire au processus de revascularisation et de réparation de la lésion
et non pas à la nécrose elle-même. Plusieurs études
conduites sur des modèles animaux d'ostéonécrose concluent
effectivement à un effet bénéfique des bisphosphonates dans
la prévention des lésions structurales liées à différents
processus d'ostéonécrose vasculaire. Les conditions expérimentales
de ces travaux expérimentaux conduits sur des modèles animaux d'ostéonécrose
d'une part et une expérimentation évaluant plutôt un effet
préventif du traitement qu'un réel effet curateur, en limitant la
portée des résultats qui ne sont pas nécessairement extrapolables
à l'ostéonécrose chez l'humain. Pourtant, deux études
évaluant l'intérêt des bisphosphonates dans le traitement
de l'ostéonécrose fémorale chez l'humain ont été
récemment publiées, l'une ouverte sans groupe contrôle, l'autre
randomisée, là encore avec des résultats très encourageants
mais avec des insuffisances méthodologiques certaines dans ces deux études
cliniques ouvertes. Revenons
à l'ONM et au profil des patients exposés au risque : ce sont d'abord
et avant tout des patients souffrant d'ostéolyse maligne, myélome
multiple et cancer du sein, et traités de manière prolongée
par bisphosphonates intraveineux. Les 2 facteurs de risque essentiels sont la
durée du traitement (et donc le nombre de perfusions) et la nature du bisphosphonate,
avec un risque plus grand pour le zolédronate, comparé au pamidronate.
Chez ces patients cancéreux, les autres facteurs de risque associés
sont bien entendu iatrogènes (corticothérapie, radiothérapie
locale et chimiothérapie), mais aussi la mauvaise hygiène bucco-dentaire,
le diabète et l'alcoolo-tabagisme associé. Quinze cas ont été
publiés chez des patients traités pour ostéoporose post-ménopausique
par des amino-bisphosphonates, dont 13 avec l'alendronate. Ces chiffres doivent
bien entendu être mis en perspective avec le nombre (plusieurs millions)
de femmes actuellement traitées, soit une incidence de l'ordre de 0,7 cas
pour 100 000 patientes-années d'exposition. De plus, l'incidence des ONM
hors traitement par bisphosphonates n'est pas précisée. L'attitude
thérapeutique qui prévaut actuellement est d'abord préventive,
comparable à ce qui est fait dans le cadre des radiothérapies de
la sphère ORL. Chez les patients souffrant de myélome multiple et
de métastases osseuses, une consultation de stomatologie doit être
faite au début du traitement par bisphosphonates, de façon à
réaliser tous les soins dentaires indispensables. Tout au long du traitement,
une bonne hygiène dentaire doit être respectée, et des consultations
stomatologiques régulières sont certainement utiles. Il est difficile
de recommander des mesures systématiques de ce type, sans tenir compte
des facteurs de risque individuels et sans évaluation du coût de
cette procédure. Dans tous les cas, les soins dentaires indispensables
(en particulier en raison d'un risque septique potentiel) doivent être réalisés,
par un confrère prévenu des risques d'atteinte osseuse. L'arrêt
des bisphosphonates à cette occasion ne paraît pas utile du fait
de la rémanence de leurs effets osseux. Des soins dentaires non indispensables
(implants) doivent être évités, les prothèses dentaires
ajustées. Lorsque la nécrose est déclenchée, des prélèvements
avec antibiogramme sont indispensables, avec adaptation de l'antibiothérapie,
l'oxygène hyperbare n'est pas efficace et l'indication d'un éventuel
geste chirurgical plus ou moins étendu doit être discutée.
Au stade de nécrose, il est probablement inutile. Au
total, le rapport bénéfice/risque de l'usage des bisphosphonates
au cours des métastases osseuses et du myélome multiple reste très
largement favorable, et ces traitements doivent être utilisés chez
ces patients. La question de la durée optimale de ces traitements reste
posée, la plupart des études démontrant leur efficacité
sur une durée de 2 ans. Au cours de l'ostéoporose post-ménopausique,
l'ONM ne doit pas rentrer en l'état actuel de nos connaissances dans l'évaluation
du rapport bénéfice/risque, la survenue d'événements
de ce type étant extrêmement rare avec une relation de causalité
très difficile à établir. Enfin, il n'est pas possible pour
l'instant de recommander l'utilisation des bisphosphonates dans le traitement
médical des ostéonécroses aseptiques en dehors de protocoles
de recherche clinique qui restent indispensables à ce stade pour valider
le cas échéant cette indication.
retour programme 20ème journée mise à jour : 26 janvier 2007
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