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XIXème
Journée Scientifique du
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Pr
Thierry THOMAS
Les
bisphosphonates sont des analogues structuraux du pyrophosphate, caractérisés
par leur forte affinité osseuse. Ils diminuent la résorption
et le remodelage osseux entraînant une réduction de l'espace
de remodelage et une augmentation de la minéralisation secondaire
du tissu osseux. L'intérêt de leur prescription à
long terme reste actuellement difficile à déterminer du
fait des informations encore relativement limitées dont nous disposons
pour apprécier dans cette situation leur rapport bénéfice/risque. L'efficacité
antifracturaire de l'alendronate a été démontrée
à 3 et 4 ans. A long terme, 59 % (350) des 994 patientes initialement
incluses dans l'étude de Liberman, ont été suivies
pendant 7 ans (1) et 25% ont été suivies pendant 10 ans
(2). Cependant, nous ne disposons que de taux d'incidence cumulée
des fractures vertébrales et non vertébrales recueillies
à 7 et 10 ans comme effets indésirables. Cette méthodologie
ne permet pas donc de conclure sur l'efficacité à long terme.
On s'est inquiété de l'augmentation de l'incidence fracturaire,
plus élevée à long terme qu'au cours des 3 premières
années. Selon SM Ott cette différence ne peut être
uniquement expliquée par la sélection de patientes les plus
sévères, le suivi à long terme, ou le vieillissement
de la population étudiée, suggérant ainsi un problème
de tolérance osseuse (3). Cependant, Lindsay et al. ont estimé
à partir des données des groupes placebo des essais, une
progression importante du risque de fracture vertébrale de 7.7%
(IC 95% 5.8-9.9%) à 1 an à 35% (IC 95% 22-37%) à
10 ans (4), soit des valeurs très supérieures à celles
observées dans les études de suivi de l'alendronate. L'étude
FLEX (FIT Long-term EXtension) a comparé l'administration de 10
ans d'alendronate à 5 ans de traitement suivi de 5 ans sous placebo,
chez 1099 femmes (39%) de l'étude pivot FIT à nouveau randomisées
après un intervalle libre moyen de 1,9 ans pendant lequel elles
avaient reçu de l'alendronate " en ouvert " (5). Les
données non publiées montrent une réduction de l'incidence
des fractures cliniques vertébrales chez les femmes traitées
par alendronate comparées à celles sous placebo pendant
FLEX (RR= 0,45 ; IC 95% 0,23-0,84) mais des résultats comparables
dans les 2 groupes pour les fractures non vertébrales (RR=1,0 :
IC 95% 0,76-1,32) et vertébrales morphométriques (RR=0,87
; IC 95% 0,61-1,25) (6). Ces résultats doivent bien sûr être
interprétés avec prudence, compte tenu de la population
initiale (femmes ostéopéniques) et de la méthodologie
(effectifs en fin de suivi, période intermédiaire non contrôlée,
mode de recueil des événements fracturaires). L'efficacité
anti-fracturaire du risédronate a été démontrée
dans 3 études randomisées contre placebo au terme de 3 ans
de traitement. L'efficacité anti-fracturaire à long terme
n'a été évaluée qu'à partir d'une seule
de ces 3 études (VERT-MN). Parmi les 472 femmes qui avaient terminé
les 3 ans de cet essai VERT, 260 ont accepté de poursuivre le même
schéma thérapeutique en aveugle (130 dans le groupe risédronate
5 mg/j et 130 dans le groupe placebo) pendant 2 années supplémentaires
(7). La diminution du risque de fractures vertébrales sous risédronate
par rapport au placebo persiste de manière significative (59% à
5 ans vs 49 % à 3 ans) alors que la diminution de 41% de l'incidence
des fractures non vertébrales est non significative (7). Concernant
les paramètres " intermédiaires " sous risédronate
cette fois, l'augmentation de DMO au rachis se maintient dans le temps,
avec à 5 ans +9.3% contre +2% dans le groupe placebo (p?0.001)
et à 7 ans +11.5% contre 6.1% chez les patientes ayant reçu
un placebo pendant 5 ans puis le risédronate pendant 2 ans (7,8).
Là encore, le gain de DMO au fémur se stabilise avec à
7 ans +6.1% au trochanter et +4.2% au col (8). Après 1 an d'arrêt
d'un traitement par risédronate 5 mg/j chez des femmes en début
de ménopause (51-52 ans), il a été observée
une reprise de la perte osseuse vertébrale de 3,7%/an, comparable
à la perte osseuse mesurée dans le groupe placebo au cours
de la 1ère année (8). Au terme d'un suivi de 3 ans, les
valeurs de DMO restaient plus élevées dans le groupe de
femmes qui avaient reçu le risédronate pendant 2 ans par
rapport aux femmes non traitées mais significativement plus faibles
que les valeurs de départ (-2,3±0,8 % vs -5,6±1 %,
p<0,05). La même évolution était également
notée pour l'extrémité supérieure du fémur.
Cette évolution densitométrique était parallèle
à un retour rapide à la normale des marqueurs du remodelage
osseux (déoxypyridinoline urinaire et phosphatases alcalines).
Il faut cependant remarquer que nous ne disposons pas de données
d'évolution osseuse pour des femmes traitées plus de 2 ans
et/ou à distance de la ménopause. Enfin, l'évolution
du risque fracturaire à l'arrêt d'un traitement par risédronate
n'est pas connue. Les traitements prolongés par alendronate et risédronate sont bien tolérés. L'incidence des effets secondaires en particulier digestifs après 5, 7 et 10 ans de traitement n'est pas différente de celle observée dans le groupe placebo (1,2,7,8). La tolérance osseuse de ces molécules est certainement celle qui suscite le plus d'interrogations, en grande partie du fait de la très longue demi-vie tissulaire des bisphosphonates, une fois incorporés à l'os, jusqu'à 10 ans pour l'alendronate à 10 ans soit près d'un tiers supérieure à celle du risédronate (9). La suppression du remodelage osseux sous bisphosphonates est associée à une conservation de la microarchitecture trabéculaire et à une correction d'un niveau de minéralisation osseuse abaissée par rapport aux données observées chez la femme préménopausée, mais sans altération de la cristallinité (10-12). Chez le chien traité à doses supra-pharmacologiques, les études histologiques réalisées sur des côtes ont montré une fréquence anormale de microfissures mais l'interprétation de ces observations est difficile car dans le même temps la résistance mécanique osseuse augmentait (13). De surcroît les doses utilisées étaient élevées et le modèle animal utilisé n'est pas connu pour être très représentatif du squelette humain et de sa physiologie. Un article récent (14) rapporte la survenue de fractures périphériques (à priori) inhabituelles (branche ischio-pubienne, diaphyse fémorale, sacrum, côtes) chez 8 femmes ostéoporotiques qui ont en commun le fait d'avoir reçu de l'alendronate pour des durées de traitement variant de 3 à 8 ans. Il était noté parallèlement une diminution importante de l'activité de formation. Ces observations sont exceptionnelles au vu du nombre de patientes traitées et il est difficile de rattacher avec certitude ces épisodes fracturaires avec la prise prolongée du traitement en raison d'une absence de suivi longitudinal et de la très grande hétérogénéïté de la maladie ostéoporotique de ces patientes. Enfin,
les observations récentes d'ostéonécrose de la mâchoire
(15) semblent essentiellement observées dans un contexte néoplasique
chez des patients traités au long cours par bisphosphonates injectables
(zolédronate ou pamidronate) en association avec chimiothérapie
et corticothérapie. En
conclusion, la preuve d'un bénéfice anti-fracturaire est
apportée par la comparaison à un placebo à 4 ans
pour l'alendronate et à 5 ans pour le risédronate. Au delà
de 5 ans, il n'existe pas de preuve formelle de l'efficacité anti-fracturaire
des bisphosphonates, notamment vis-à-vis des fractures périphériques.
Les études de suivi apportent des informations rassurantes sur
la tolérance générale et osseuse de ces molécules.
Références
mise à jour : 2 février 2006 |
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© GRIO
- Groupe de Recherche & d'Information sur l'Ostéoporose - www.grio.org
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