|
TRAITEMENT
DE L'OSTÉOPOROSE
LA DURÉE DES TRAITEMENTS : TRAITEMENT HORMONAL, RALOXIFÈNE
|
Professeur
Claude RIBOT
UF Ménopause et Maladies Osseuse Métaboliques
Hôpital Paule de Viguier
Toulouse. France
L'indication
d'un traitement de l'ostéoporose peut parfois être posée
dès le début de la ménopause, soulevant le problème
de la stratégie thérapeutique à long terme. Cette
stratégie ne peut plus être basée de nos jours
sur une monothérapie, mais doit savoir utiliser le traitement
le plus adapté à la situation clinique et l'importance
du risque fracturaire.
Le
traitement hormonal représente, chaque fois qu'il est possible,
la solution thérapeutique la plus adaptée chez les femmes
qui débutent leur ménopause avec un risque fracturaire
accru. Outre son efficacité incontestable tant sur la prévention
de la perte osseuse que l'incidence des fractures, le traitement hormonal
est le seul à apporter des bénéfices extra-osseux,
sur le syndrome climatérique, les troubles uro-génitaux
ou sexologiques, la qualité de vie, toutes manifestations qui
correspondent à une demande réelle pour beaucoup de
femmes à cette période de leur vie.
La durée de d'un traitement hormonal, qui reste un problème
débattu, apparaît conditionnée par deux éléments
essentiels :
-
Le premier est le maintien d'un rapport bénéfice-risque
positif tout au long du traitement, rapport qui, dans la pratique,
est sous tendu par le risque de cancer du sein tant pour beaucoup
de femmes que de médecins prescripteurs. Il faut souligner
cependant que ce rapport " global " est également
conditionné par le risque vasculaire, artériel et
veineux. Il est important de se souvenir que le risque de toutes
ces pathologies augmente avec l'âge et donc que l'indication
d'un traitement hormonal ne doit pas être posée trop
tardivement. En fait les études cliniques récentes
n'apportent pas une réponse claire à la relation éventuelle
entre durée de traitement hormonal et augmentation du risque
de cancer du sein. Dans la WHI, seule étude de niveau 1,
le risque de cancer du sein n'augmenterait de façon faible
mais significative qu'après plus de 4 ans de traitement.
Ce n'est pas le cas pour les autres études (Million Women
Study, ERN). Par contre toutes ces études mettent en évidence
la variation du risque de cancer du sein en fonction du type de
schéma thérapeutique et notamment de l'utilisation
ou non de progestatifs et du type de progestatifs. Le risque de
pathologie thrombo-embolique veineuse, qui est majoré dans
les 2 premières années de traitement hormonal, est
en fait plus conditionné par la voie d'administration des
estrogènes et le type de progestatif utilisé que par
la durée du traitement. De même le risque de pathologie
coronarienne apparaît plus lié à l âge
trop tardif d'initiation d'un traitement hormonal qu'à la
durée de ce traitement.
Prises dans leur ensemble, toutes ces données apportées
par les grandes études cliniques récentes, soulignent
l'importance du choix d'un traitement hormonal véritablement
substitutif, c'est-à-dire basé sur l'utilisation d'hormones
bio-identiques (17ßestradil/progestérone) pour optimiser
le rapport bénéfice-risque. Ainsi, dans l'état
actuel de nos connaissances, il paraît licite de pouvoir envisager
chez les femmes dont le risque fracturaire a été établi
en début de ménopause, un THS d'environ 5 ans, dont
la tolérance et l'efficacité seront régulièrement
contrôlées, avant d'en re-évaluer l'indication.
-
Le
deuxième élément conditionnant la durée
d'un traitement hormonal est la possibilité de prendre le
relais par d'autres moyens thérapeutiques qui ont démontré
une efficacité anti-fracturaire mais chez des femmes plus
âgées ayant une ostéoporose avérée.
Parmi ces traitements, le raloxifène seul SERM disponible
en France, a démontré, dans une étude de 4
ans (MORE), à la fois une efficacité dans le traitement
de l'ostéoporose vertébrale (RR : 0,63 IC 95 %= 0,
52-0,77), une neutralité d'action sur l'endomètre,
le système cardio-vasculaire et un effet protecteur sur le
risque de cancer du sein (RR : 0,38 IC95 %=0,24-0,58). Le problème
de sa tolérance se situe exclusivement au niveau veineux
puisque comme toutes les molécules à effet estrogènique,
le raloxifene augmente le risque thrombo-embolique veineux. La prolongation
de 4 ans du suivi d'un certain nombre (5213) de femmes inclus dans
l'étude MORE (étude CORE) recevant soit un placebo
soit du raloxiféne ont permis de disposer de données
complémentaires sur la tolérance et l'efficacité
notamment mammaire de cette molécule. Après plus de
8 ans de traitement, la diminution du risque de cancer du sein (à
récepteurs hormonaux positifs) reste de même amplitude
qu'après 4 ans, suggérant la persistance d'un effet
protecteur, sans épuisement, du raloxifene vis-à-vis
du risque de cancer du sein (RR : 0,41 IC 95 %= 0,24-0,71). Dans
le domaine osseux, les données d'efficacité ne sont
pas documentées. Au plan cardio-vasculaire, les réponses
seront apportées par l'étude RUTH. Sur la base de
ces données, la durée d'un traitement par raloxifène
pourrait aller de 4 à 8 ans, en se rappelant que le risque
de thrombose veineuse augmente spontanément avec l'âge.
Le
traitement de l'ostéoporose post-ménopausique bénéficie
d'une évaluation plus précise du risque fracturaire
et du développement de moyens thérapeutiques variés
permettant de bien adapter l'utilisation de chaque molécule
au problème clinique individuel et de prévoir une stratégie
thérapeutique à long terme.
mise
à jour : 2 février 2006
retour
programme 19ème journée
|