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EFFETS
OSSEUX DES TRAITEMENTS ADJUVANTS DU CANCER DU SEIN
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Dr
Jean-Michel POUILLES,
UF Ménopause, Maladies Osseuses et Métaboliques
Hôpital Paule de Viguier, Toulouse Cedex 9.
Le
cancer du sein reste le plus fréquent des cancers féminins
avec 40000 nouveaux cas par an et 11000 décès. L'amélioration
du dépistage et les progrès thérapeutiques, notamment
le recours après chirurgie initiale à des traitements adjuvants,
ont permis d'en améliorer le pronostic. Certains de ces traitements
hormonaux et chimiothérapiques peuvent exposer à un risque
accru d'ostéoporose à côté des complications
osseuses propres à ce cancer très ostéophile.
1-
Les traitements adjuvants hormonaux
De par leur principe, qui est d'induire un état de carence profond
et prolongé en estrogènes, ils vont modifier le métabolisme
osseux, en raison du rôle essentiel joué par les stéroïdes
sexuels à tous les âges de la vie, dans le maintien de l'homéostasie
calcique.
Le tamoxifène est largement utilisé en traitement adjuvant
des tumeurs mammaires possédant des récepteurs aux estrogènes.
Son impact dépend du statut hormonal. Avant la ménopause,
il se comporte au niveau osseux comme un anti-estrogène et est
responsable d'une perte osseuse. Il a par contre après la ménopause
une action estrogènique faible et plusieurs travaux ont montré
un maintien de la densité osseuse vertébrale des femmes
ménopausées recevant du tamoxifène (1). L'effet sur
l'os cortical (radius, fémur) est moins net. Une tendance à
la réduction des fractures ostéoporotiques a été
rapporté mais n'est pas formellement démontrée.
Les inhibiteurs de l'aromatase. Il en existe 2 types selon leur structure
et leur mode d'action. Les inhibiteurs irréversibles de structure
stéroidienne (exemestane) et les inhibiteurs non stéroidiens
réversibles (anastrazole, létrozole). Ils
agissent en inhibant la production résiduelle d'estrogènes
provenant après la ménopause de l'aromatisation des androgènes
au niveau de différents tissus dont l'os. Ils induisent dans 15
à 30% des cas des phénomènes d'arthro-myalgies de
mécanisme inconnu (effet classe). Une augmentation significative
des fractures ostéoporotiques ainsi que du taux de perte osseuse
vertébrale et fémorale a été démontré
pour l'anastrazole comparativement au tamoxifène dans une étude
randomisée (2). Néanmoins, l'incidence fracturaire dans
le groupe recevant l'anastrazole restait faible et ne semblait plus augmenter
au delà de 2 ans de traitement. Un taux plus élevé
de diagnostic d'ostéoporose a également été
rapporté dans les essais thérapeutiques conduits avec le
létrozole (3) et l'exemestane (4). Ces données restent fragmentaires
et des études supplémentaires sont nécessaires afin
de préciser l'impact osseux réel de ces traitements de plus
en plus prescrits.
2-
Les chimiothérapies adjuvantes
Administrées avant la ménopause, elles altèrent le
fonctionnement ovarien de par leur effet cytotoxique folliculaire. La
toxicité gonadique va dépendre du type de produit (agents
alkylants) et de l'âge de la patiente. Soixante dix à 90%
des femmes de plus de 40 ans vont développer une aménorrhée
rapide et généralement irréversible après
protocole CMF, contre 10 à 40% avant 40 ans. Cette ménopause
iatrogène est à l'origine d'une perte osseuse rapide et
importante à un taux 2 à 3 fois supérieur à
celui d'une ménopause naturelle (5). Elle induit très probablement
un risque fracturaire accru comme en témoigne le suivi d'un groupe
de 352 femmes atteintes d'un cancer du sein, montrant une incidence de
tassements vertébraux ostéoporotiques prés de 3 fois
supérieure à celle de la population générale
(6). A contrario, aucune perte osseuse n'est mise en évidence lorsque
la chimiothérapie laisse persister des cycles menstruels. De même,
l'impact osseux apparaît beaucoup plus limité en situation
de carence estrogènique post-ménopausique.
3-
Prévention de l'ostéoporose des traitements adjuvants
Très peu d'essais cliniques ont été conduits dans
cette indication. Deux études randomisées (7,8) contre placebo
ont évalué l'intérêt du clodronate (1600 mg/j
per os) en prévention de la perte osseuse de femmes non ménopausées
recevant une chimiothérapie pour cancer mammaire non métastatique.
Ce bisphosphonate a réduit de 40 à 50% la perte osseuse
vertébrale et fémorale comparativement au placebo après
2 ans avec un effet rémanent à l'arrêt. Le risédronate
prescrit de manière séquentielle à la posologie de
30 mg/j 15 jours par trimestre pendant 2 ans, a prévenu la perte
osseuse vertébrale mais non fémorale de femmes jeunes ménopausées
après une chimiothérapie pour cancer du sein (9). Le tamoxifène,
dans cette même étude a réduit la perte osseuse vertébrale
mais avec une efficacité inférieure à celle du risédronate.
Plusieurs essais thérapeutiques basés sur les bisphosphonates
de dernière génération sont en cours de validation
en prévention de l'ostéoporose des femmes recevant un traitement
adjuvant pour un cancer du sein.
4-
Conclusions
Le risque individuel d'ostéoporose, après un cancer du sein,
est variable et va dépendre du statut osseux au moment du diagnostic
(densités osseuses souvent élevées dans cette population),
de sa survenue avant ou après la ménopause, des traitements
reçus ainsi que de l'évolutivité propre du cancer.
Les chimiothérapies adjuvantes en pré-ménopause exposent
à un perte osseuse rapide et à un risque fracturaire accru
lorsqu'elles induisent une aménorrhée. Les anti-aromatases
prescrits en post-ménopause pourraient augmenter légèrement
le taux de fractures ostéoporotiques. Toute femme recevant un traitement
adjuvant devrait bénéficier d'une évaluation de son
risque d'ostéoporose basée sur la recherche des facteurs
cliniques de risque et sur une ostéodensitométrie. Un traitement
par bisphosphonates est à discuter en situation de risque élevé.
Références
1-
Love RR, Mazess RB, Barden HS et al. Effects of tamoxifen on bone mineral
density in postmenopausal women with breast cancer. N Engl J Med
1992 ; 326 : 852-6
2- ATAC Trialist's Group. Anastrazole alone or in combination with tamoxifen
versus tamoxifen alone for adjuvant treatment of postmenopausal women
with early breast cancer : first results of the ATAC randomised trial.
Lancet 2002 ; 359 : 2131-39.
3- Goss PE, Ingle JN, Martino S et al. A randomised trial of letrozole
in postmenopausal women after five years of tamoxifen therapy for early-stage
breast cancer. N Engl J Med 2003 ; 349 : 1793-802.
4- Coombes RC, Emma H, Gibson L et al. A randomized trial of exemestane
after two to three years of tamoxifen therapy in postmenopausal women
wiyh primary breast cancer. N Engl J Med 2004 ; 350 : 1081-92.
5- Ramaswamy B, Shapiro CL. Osteopenia and osteoporosis in women with
breast cancer. Semin Oncol 2003 ; 30 : 763-75.
6- Kanis JA, Mc Closkey EV, Powles T et al. A high incidence of vertebral
fracture in women with breast cancer. Br J Cancer 1999 ; 79 : 1179-81.
7- Saarto T, Blomqvist C, Valimaki M et al. Chemical castration induced
by adjuvant cyclophosphamide, methotrexate, and fluorouracil chemotherapy
causes rapid bone loss that is reduced by clodronate : a randomised study
in premenopausal breast cancer patients. J Clin Oncol 1997 ; 15
: 1341-47.
8- Powles TJ, Mc Closkey E, Paterson AHG et al. Oral clodronate and reduction
in loss of bone mineral density in women with operable primary breast
cancer. J Natl Cancer Inst 1998 ; 90 : 704-8.
9- Delmas PD, Balena R, Confavreux E et al. Bisphosphonate risedronate
prevents bone loss in women with artificial menopause due to chemotherapy
of breast cancer : a double-blind placebo-controlled study. J Clin
Oncol 1997 ; 15 : 955-62.
mise
à jour : 8 février 2005
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