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LE
RANÉLATE DE STRONTIUM, UN NOUVEL AGENT THÉRAPEUTIQUE
POUR L'OSTÉOPOROSE POST-MÉNOPAUSIQUE.
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Pr
Pierre J. Meunier
Faculté de Médecine Laennec et INSERM U 403, Lyon
Le strontium
est un élément chimique de numéro atomique 38 qui
a été isolé en 1808 et fait partie avec le calcium,
le baryum et le radium des métaux alcalinoterreux. Dans les années
1950, des observations thérapeutiques ponctuelles lors d'essais
ouverts utilisant le lactate de strontium ont suggéré que
le strontium pouvait avoir des propriétés anaboliques osseuses.
Ces observations ont incité les chimistes des laboratoires Servier
à synthétiser une nouvelle molécule organique contenant
deux atomes de strontium stable, le ranelate de strontium (RS). Ce sel
contient 34 % de strontium-élément et permet un taux d'absorption
du strontium de 27 %. Il a une bonne solubilité, une bonne biodisponibilité
et une bonne tolérance digestive. Il a d'abord fait l'objet de
plusieurs études précliniques conduites in vitro et chez
des animaux intacts ou ovariectomisés. Elles ont montré
que le produit, après fixation sur le cristal osseux, agissait
à la fois sur la formation ostéoblastique et la résorption
ostéoclastique (1), induisant une sorte de " découplage
" des évènements cellulaires impliqués dans
le remodelage osseux : au niveau ostéoblastique activation de la
multiplication des pré-ostéoblastes et de la synthèse
de matrice osseuse, et au niveau ostéoclastique réduction
de la différentiation et de l'activité des ostéoclastes,
sans altération de la minéralisation. Ces données
précliniques ont suggéré l'utilité potentielle
du RS pour traiter l'ostéoporose et ont conduit à la mise
en œuvre d'études de phase II et III recherchant la dose efficace
et évaluant les effets antifracturaires du produit.

Études
dose-réponse de Phase II (étude STRATOS)
Elle a été conduite chez 353 femmes ostéoporotiques
d'âge moyen 66 ans, ayant au moins une fracture vertébrale
prévalente, et a comparé 3 doses quotidiennes de RS (0,5
g ; 1 g ; 2 g). Elle a montré que la dose orale de 2 g de RS représentant
la dose optimale en terme d'augmentation en 2 ans de la densité
minérale osseuse (DMO) lombaire (+14.6 %) et par sa capacité
à réduire de 44 % le nombre de patientes présentant
un nouveau tassement vertébral dans la deuxième année
de l'essai. Ont. été notées parallèlement
une augmentation significative de 11 % du taux sérique de la phosphatase
alcaline osseuse et une baisse de 20 % du telopeptide NTX urinaire, ces
variations reflètant la conjonction d'une stimulation de l'ostéoformation
et d'un effet antirésorptif (2).
Études
de Phase III
Elles ont été mises en œuvre pour évaluer la capacité
du RS prescrit 3 ans à prévenir les fractures vertébrales
(Etude SOTI) ou non vertébrales (étude TROPOS), l'inclusion
des patientes dans ces études ayant été précédée
par une période de normalisation de leur statut vitamino-calcique
(étude FIRST) grâce à des suppléments de calcium
et de vitamine D.
- l'étude
SOTI dont les résultats ont été récemment
publiés (3), a porté sur une population de 1649 femmes
présentant une ostéoporose avec au moins une fracture
vertébrale prévalente, l'analyse statistique principale
en intention-de-traiter ayant été effectuée à
la fin de la troisième année de l'étude sur une
population de 1442 patientes. Sur l'ensemble des 3 ans, RS a permis
de réduire significativement le risque de nouvelle fracture
vertébrale radiologique de 41 % (p < 0,001). La réduction
du risque était déjà de 49 % dès la fin
de la première année de suivi. La réduction du
risque de fracture vertébrale ayant une expression clinique
a été de 38 % sur l'ensemble des 3 années de
suivi. La DMO lombaire a augmenté substantiellement en 3 ans
dans le groupe RS (+ 12,7 %), la différence entre le groupe
RS eet le groupe placebo atteignant 14,4 % au terme des 3 ans. Biologiquement,
comme dans l'étude STRATOS, le RS a induit une augmentation
modérée mais significative (+ 8,1 %) du taux de la phosphatase
alcaline osseuse sérique et une réduction significative
du taux du telopeptide CTX sérique (-12,2 %). La tolérance
du produit a été satisfaisante, à l'exception
de quelques cas de diarrhée (chez 6,1 % des patientes sous
RS vs 3,6 % des patientes sous placebo). Cet effet secondaire disparaît
vers le 3è mois du traitement.
- l'étude
TROPOS dont les résultats sont en cours de publications
a été conduite chez 5091 femmes ostéoporotiques
âgées de plus de 74 ans - ou de plus de 70 ans si elles
avaient un facteur de risque -, avec comme objectif principal l'analyse
sur 3 ans de l'efficacité antifracturaire du RS sur les fractures
extra-vertébrales (4). Une réduction significative (-16
%, p = 0,04) du risque relatif de fracture extravertébrale
a été observée durant les 3 années du
traitement dans le groupe RS comparativement au groupe placebo. Il
y a eu dans cette étude confirmation de l'effet antifracturaire
vertébral déjà observé dans SOTI . Par
ailleurs, le risque de fractures majeures (humérus, pelvis-sacrum,
cotes-sternum, poignet, clavicule, hanche) a été significativement
réduit de 19 % (p = 0,03). Une réduction de 36 % du
risque de fracture de hanche a été obtenue dans une
sous-population de 1997 patientes dites à haut risque car âgées
de plus de 74 ans et ayant un T-score du col fémoral inférieur
à -3.
- une métaanalyse
préplanifiée des études SOTI et TROPOS a
récemment fourni d'autres résultats :
- Diminution
significative dans le groupe RS de l'incidence des patientes sans
fracture prévalente présentant une première
fracture vertébrale : -48 % (5)
- Réduction
significative du risque des fractures vertébrales dans
une sous-population de 409 femmes ostéopéniques
(T score du col fémoral compris entre -1 et -2.5) avec
ou sans fracture prévalente : -62 % (6)
- Réduction
significative sur 3 ans de 32 % du risque de fracture vertébrale
et de 32 % du risque de fracture périphérique dans
une population de 1488 femmes âgées de 80 ans et
plus (7)
Au
total, les résultats ci-dessus indiquent que le RS, à
travers un mécanisme d'action original, représente un nouveau
traitement efficace de l'ostéoporose post-ménopausique puisqu'il
entraine une réduction du risque de fractures vertébrales
chez les femmes ostéoporotiques avec ou sans fracture prévalente
et une réduction du risque de fractures de hanche chez les femmes
à haut risque. On retrouve l'efficacité antifracturaire
du produit chez les femmes ostéopéniques et chez les femmes
ostéoporotiques âgées de 80 ans et plus. Les effets
antifracturaires observés du RS sont du même ordre de grandeur
que ceux obtenus avec les thérapeutiques antirésorptives
(bisphosphonates, raloxifene).
Le ranelate de strontium qui a par ailleurs un profil de tolérance
satisfaisant peut donc représenter un traitement de première
intention de l'ostéporose post-ménopausique. Il a obtenu
récemment un avis favorable à sa mise sur le marché
de la part de l'Agence Européenne du Médicament (AMM du
21.09.2004) avec l'indication " Traitement de l'ostéoporose
post-ménopausique pour réduire les risques de fracture vertébrale
et de fracture de hanche ". Il s'administre à la dose orale
quotidienne de 2g, sous forme d'un sachet de poudre pris au coucher. Il
sera mis prochainement sur le marché français sous le nom
de Protelos®.
Références
:
1. Marie PS, Ammann P, Boivin G et coll. Mechanisms of action and therapeutic
potential of strontium in bone. Calc Tissue Int 2001 ; 69 : 121-29
2. Meunier PJ, Slosman D, Delmas PD et coll. Strontium ranelate : dose-dependant
effects in established postmenopausal vertebral osteoporosis : a two-year
randomised placebo controlled trial. J Clin Endocrinol Metab 2002
; 87 : 2060-66.
3. Meunier PJ, Roux C, Seeman E et coll. The effect of strontium ranelate
on the risk of vertebral fracture in women with post-menopausal osteoporosis.
N Engl J Med 2004 ; 350 : 459-62.
4. Reginster JY, Sawicki A, Devogelaer JP et coll. Strontium ranelate
reduces the risk of hip fracture in women with post-menopausal osteoporosis.
Osteoporosis Int 2002 ; 13 (suppl 3), Abstract 104.
5. Marcelli D, Dehais J, Benhamou CL et coll. Le ranelate de strontium
réduit le risque de première fracture vertébrale
chez des femmes ménopausées ostéoporotiques sans
fracture vertébrale prévalente. Rev Rhum 2004 ; 71
: 992, Résumé Ma 105.
6. Sawicki A, Reginster JY, Roux C, Rubinacci A, Diaz-Curiel M, Kaufman
J, Seeman E, De Vernejoul MC, Aquino JP, Meunier PJ. Strontium ranelate
reduces the risk of vertebral fractures in postmenopausal women with osteopenia.
31th European Symposium on Calcified Tissue. Nice 5-9 juin 2004
7. Seeman E, Vellas B, Roux C et al. First Demonstration Of The Efficacy
Of An Anti-Osteoporotic Treatment In Very Elderly Osteoporotic Women.
26th Annual Meeting of the American Society for Bone and Mineral Research
Seattle 1er - 5 octobre 2004
mise
à jour : 8 février 2005
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