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XVIIIème
Journée scientifique du
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Pr
Jean-Jacques Body
Les métastases
osseuses sont responsables d'une morbidité considérable
et altèrent souvent de manière dramatique la qualité
de vie des patients. De plus, le coût de cette morbidité
est énorme, d'autant que la survie de ces patientes est souvent
relativement longue. Outre les éventuelles complications liées
à l'envahissement médullaire, la douleur et l'impotence
fonctionnelle surviennent dans 50 à 75% des cas tandis que des
complications graves seront observées chez près de 35%
des patientes lorsque le squelette est le premier site métastatique.
La destruction osseuse liée à l'infiltration tumorale
métastatique est essentiellement médiée par les
ostéoclastes dont la formation est stimulée par des produits
de secrétion d'origine tumorale. Les ostéoblastes sont
les cellules cibles essentielles pour les cellules tumorales qui leur
font sécréter des facteurs augmentant le recrutement et
l'activité des ostéoclastes (particulièrement via
le facteur "RANKL"), augmentent leur production de cytokines
ostéolytiques mais induisent aussi leur apoptose. L'ostéotropisme
des cellules tumorales mammaires et prostatiques est expliqué
par le concept du " seed and soil ". Tandis que les cellules
tumorales sécrètent des facteurs ostéolytiques
(ex. le PTHrP), les cellules osseuses et la trame osseuse relarguent
différents facteurs de croissance et cytokines qui vont stimuler
la prolifération des cellules tumorales, particulièrement
les IGFs. Le TGF-alpha, un autre facteur de croissance abondant dans
la trame osseuse, est relargué et activé lors de la résorption
osseuse et il va stimuler la sécrétion de PTHrP par les
cellules tumorales mammaires, conduisant à un recrutement encore
accru d'ostéoclastes. Les bisphosphonates peuvent interrompre
ce cercle vicieux en agissant directement sur les ostéoclastes
ainsi que, dans une moindre mesure, en diminuant leur recrutement. D'autre
part, plusieurs groupes, dont le nôtre, ont démontré
que les bisphosphonates pouvaient directement inhiber la croissance
des cellules tumorales mammaires, myélomateuses ou prostatiques
par des processus de nécrose et/ou d'apoptose. L'importance clinique
de ces observations de laboratoire reste toutefois à être
démontrée. Alors qu'il y a
environ 20 ans, l'hypercalcémie était une
complication le plus souvent inévitablement mortelle du cancer
avancé, elle est aujourd'hui aisément traitée par
les bisphosphonates, même si le pronostic des patients cancéreux
présentant une hypercalcémie reste médiocre car
cette complication survient surtout aux stades avancés de la
maladie. Le traitement classique de l'hypercalcémie tumorale
consistait en l'administration de 90 mg de pamidronate (Aredia®)
qui, dans une population non sélectionnée de patients
cancéreux hypercalcémiques, est efficace dans au moins
90% des cas. Il a été récemment démontré
que le zolédronate (= acide zolédronique, Zometa®)
était supérieur au pamidronate pour le traitement de l'hypercalcémie
modérée à sévère (calcium corrigé
> 12 mg/dl après réhydratation). La différence
était particulièrement évidente dans le groupe
de patients ne présentant pas de métastases osseuses.
Le traitement moderne de l'hypercalcémie tumorale est donc 4
mg de zoledronate (Zometa®) administré en 15 minutes. L'ibandronate
(Bondronat®) à la dose de 6 mg constitue une alternative
dans les pays où le produit est disponible. Tout comme pour
le traitement de l'hypercalcémie, la voie d'administration optimale
des bisphosphonates lorsqu'ils sont utilisés pour traiter des
douleurs métastatiques osseuses reste la voie intraveineuse,
en tout cas avec les produits disponibles actuellement. Un effet antalgique
cliniquement utile est obtenu chez au moins la moitié des patients
recevant des perfusions répétées de pamidronate.
L'efficacité antalgique des bisphosphonates en cas de métastases
osseuses douloureuses a été démontrée par
des études contrôlées contre placebo. La dose de
90 mg de pamidronate ou 4 mg de zolédronate est classiquement
recommandée. Toutefois, des données récentes suggèrent
que les patients "non-répondeurs" pourraient en fait
bénéficier de doses plus élevées. Des schémas
thérapeutiques relativement intensifs, tels que 4 x 4 mg d'ibandronate,
paraissent être particulièrement efficaces, même
chez les patients résistant aux opiacés. Des essais contrôlés
contre placebo ont établi que les bisphosphonates en administration
prolongée par voie orale (clodronate, ibandronate) ou par voie
intraveineuse (pamidronate, ibandronate, zolédronate) réduisaient
la fréquence des complications liées aux métastases
osseuses de 25 à 40 % chez des patientes présentant un
cancer du sein métastasié au niveau osseux et diminuaient
significativement la proportion de patientes présentant une complication
osseuse sévère. Le schéma classique d'administration
du pamidronate consistait en des perfusions mensuelles de 90 mg en sus
de la chimiothérapie ou de l'hormonothérapie chez des
patientes présentant au moins une métastase ostéolytique.
Le pamidronate est actuellement progressivement remplacé par
le zolédronate dont l'administration est plus aisée (4
mg en 15 minutes) et dont l'efficacité est supérieure,
particulièrement en cas de traitement prolongé. Les résultats
obtenus avec le pamidronate ou le zolédronate sont plus impressionnants
que ceux obtenus dans les études utilisant le clodronate oral.
Toutefois, des résultats récemment obtenus avec l'ibandronate
oral paraissent être aussi bons mais nous manquons d'études
comparatives directes. Le choix entre les deux voies d'administration
dépend de circonstances individuelles et, par exemple, la voie
orale sera préférée pour beaucoup de patientes
sous traitement hormonal lorsque la maladie osseuse n'est pas d'évolution
rapide et lorsque les bisphosphonates sont débutés précocément
au cours de l'évolution de la maladie métastatique osseuse,
ce qui est sans doute une attitude à recommander actuellement
même si le rapport coût/bénéfice d'une telle
intervention précoce est loin d'être démontré.
Les bisphosphonates les plus puissants comme l'ibandronate et le zolédronate,
ont maintenant été testés dans des études
à grande échelle contre placebo pour l'ibandronate et
contre la pamidronate pour le zolédronate. Si, globalement, les
résultats ne paraissent que légèrement supérieurs
à ceux obtenus par le pamidronate, la facilité d'utilisation
de ces nouveaux produits, particulièrement le zolédronate
(4 mg en 15 minutes tous les mois), permet d'améliorer la qualité
de vie du patient, de " désengorger " les unités
d'hôpital de jour de par la réduction du temps de perfusion,
ce qui devrait conduire à une amélioration du rapport
coût/bénéfice de ces traitements prolongés.
Le zolédronate pourrait être d'efficacité nettement
meilleure que le pamidronate chez les patientes présentant une
maladie osseuse agressive. Une toxicité rénale occasionnelle
impose toutefois un suivi régulier de la fonction rénale.
L'ibandronate ne paraît être pas être néphrotoxique
et sa forme orale apportera une alternative particulièrement
intéresssante lorsqu'elle sera disponible. Des essais cliniques
contrôlés ont démontré une efficacité
remarquable tant du clodronate que du pamidronate chez les patients
myélomateux et, comme l'ostéolyse joue un rôle
clé dans la progression de la maladie myélomateuse, il
est maintenant admis par tous les experts qu'il convient de débuter
un traitement par bisphosphonates dès le diagnostic de myélome
aux stades II et III. A nouveau, l'efficacité de la voie intraveineuse
paraît supérieure à celle de la voie orale, surtout
en termes de rapidité d'obtention de résultats cliniquement
significatifs. Le zolédronate est aussi efficace que le pamidronate
pour le traitement du myélome multiple avec l'avantage d'un traitement
simplifié (perfusions mensuelles de 4 mg en 15 minutes). Pour le cancer
prostatique métastasié, le zolédronate est
le premier bisphosphonate à avoir démontré dans
une étude contrôlée contre placebo une efficacité
cliniquement significative alors que cela n'avait pas été
le cas dans une étude précédente testant l'efficacité
du pamidronate. Cette différence d'efficacité pourrait
être due à la puissance plus grande du zolédronate,
au fait que la maladie était plus avancée dans l'étude
pamidronate, au nombre plus grand de patients inclus dans l'étude
zolédronate, et peut-être aussi au fait que le zolédronate
a "in vitro" une activité anti-tumorale assez remarquable.
La
prévention du développement des métastases
osseusesest une indication potentiellement majeure des bisphosphonates.
Si les résultats restent encore controversés, l'étude
la plus importante (plus de 1000 patientes) a démontré
que l'administration de clodronate permettait de réduire significativement
l'incidence des métastases osseuses et même d'augmenter
la survie des patientes. Toutefois, il sera essentiel de sélectionner
les patientes à risque élevé de développer
des métastases osseuses avant de recommander un usage préventif
général des bisphosphonates. Les facteurs pronostiques
classiques, comme la taille tumorale, l'envahissement axillaire, la
présence de récepteurs hormonaux mais aussi l'expression
par les cellules tumorales de facteurs ostéotropes ou ostéolytiques
pourraient être particulièrement utiles à ce propos.
L'utilisation des bisphosphonates en tant que traitement adjuvant du
cancer du sein doit donc encore être considérée
comme expérimentale et des études avec des bisphosphoantes
plus puissants sont en cours. Toutefois, un traitement préventif
par des bisphosphonates aura également l'avantage de réduire
le risque d'ostéoporose post-ménopausique dans une population
de patientes pour lesquelles le traitement hormonal substitutif n'est
pas recommandé. En résumé,
les bisphosphonates constituent un progrès thérapeutique
majeur dans le traitement de support des patients présentant
un cancer métastasié au niveau osseux. Ils constituent
le traitement standard de l'hypercalcémie tumorale, exercent
une activité analgésique cliniquement significative et
réduisent jusqu'à 40-50% le taux des complications osseuses
liées à l'ostéolyse tumorale, et cela sans doute
quel que soit le type de cancer. L'introduction récente du zolédronate
permet de simplifier considérablement le traitement de ces patients
et d'étendre le champ d'utilisation des bisphosphonates. Les
développements comprendront notamment l'introduction de bisphosphonates
puissants disponibles par voie orale, une meilleure tolérance
rénale, une meilleure adaptation du traitement pour chaque patient
ainsi que l'usage des bisphosphonates en tant que traitement adjuvant
dans le but de prévenir l'apparition des métastases osseuses. mise à jour : 8 février 2005
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