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ACTUALITÉS
SUR LE TRAITEMENT HORMONAL DE MENOPAUSE
LES DONNÉES DE LA LITTÉRATURE
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E.
Drapier-Faure
- Lyon
En 1997 les résultats d'une méta-analyse dite " méta-analyse
d'Oxford " ont alerté le corps médical et les femmes
de la possibilité d'une légère augmentation du risque
de cancer du sein si le traitement hormonal de ménopause était
poursuivi au delà de 5 ans. Les résultats des études
ultérieures jusqu'à ceux de " la Million Women Study
", publiés en août 2003, ont confirmé ces données
en précisant le rôle délétère probable
de la progestérone. En 1998 ont été publiés
les résultats de l'étude HERS ( The Heart Estrogen Progestin
replacement Study) première grande étude randomisée
sur le THS .L'inutilité de ce traitement a été démontrée
en prévention secondaire des accidents cardiovasculaires et une
augmentation des événements cardiovasculaires a été
mise en évidence la première année. L'étude
la plus médiatisée fut la WHI ( Women's Health Study) dont
les résultats furent publiés en juillet 2002.Cette étude
de prévention primaire avait pour objectif d'étudier les
effets d'une seule modalité de THS, celle prescrite aux USA, sur
sept pathologies. L'étude a été interrompue à
5,2 ans alors qu'elle était planifiée pour 8 ans, car le
nombre de cancers du sein observé dans le groupe traité
étant supérieur à celui observé dans le groupe
placebo le bénéfice /risque a été jugé
défavorable pour ce THS prescrit à cette population.
Méta-analyse
d'Oxford (1)
Le pool de 51 études d'observation a permis de comparer 17949 femmes
ayant un cancer du sein à 35916 témoins. La prise d'estrogènes
n'augmente pratiquement pas le risque de cancer du sein RR=1,1 mais la
prise d'estrogènes et de progestatifs met le risque à 1,4.
Le sur-risque disparaît à l'arrêt et les cancers ont
été jugés de meilleur pronostic. Les résultats
de cette méta-analyse ont permis de comprendre que le THS supprimait
l'effet protecteur de la ménopause vis à vis du cancer du
sein. En effet le risque augmente de 1.028 pour chaque année de
ménopause retardée et de 1.023 par année d'utilisation
de THS.Ainsi les statisticiens ont calculé que si le THS était
pris pendant 5 ans dès l'âge de 50 ans, on exposait les femmes
à 2 cancers supplémentaires pour 1000 femmes traitées,
à 6 cancers supplémentaires pour 10 ans d'utilisation et
à 12 cas supplémentaires pour 15 ans d'utilisation. L'incidence
spontanée des cancers à cette âge est de 45 pour 1000.
Etude
HERS (2,3)
HERS
I : 2763 femmes, d'âge moyen 67 ± 7 ans, présentant
une pathologie coronarienne documentée ont été randomisées
pour recevoir soit un placebo, soit 0,625 mg d'estrogènes conjugués
( CEE )
- 1°année, augmentation des accidents coronariens RR = 1,52
(CI 05 % 1,01-2,29)
- 4°année, le risque d'IM non fatal est évalué
à 0,67 (CI 95 % 0,431,04), diminution à la limite de la
significativité.
- l'augmentation connue du risque d'accident veineux est confirmé
- RR = 2,89 (CI 95 % 1,5-5,58).
- en revanche, la fréquence des AVC mortels ou non n'est pas augmentée.
HERS
II : 2321 femmes de HERS I ont continué en ouvert leur traitement
pendant une durée supplémentaire de 2,7 ans . A 6,8 ans
de suivi ( HERS I + II ) la diminution du risque n'est plus significative
RR=0,99 ( 0,84-1,17)
Etude
WHI ( 4-10 )
Etude randomisée, menée dans 40 centres aux USA dont l'objectif
était d'évaluer les bénéfices et les risques
d'un traitement hormonal substitutif sur incidence de 7 pathologies: maladies
cardio-vasculaires, accidents vasculaires cérébraux, accidents
thrombo-emboliques, fractures du col du fémur, cancers du sein,
de l'endomètre et du colon. Les résultats à 5,2 ans
de suivi ont été publiés en juillet 2002 ( 4 ) et
les résultats à 5,6 ans ont été connus en
2003 par des publications successives consacrées chacune à
une pathologie ( 5 -10)
L'étude a été arrêtée prématurément
seulement pour les 8 506 femmes prenant en continu chaque jour 0,625mg
d'estrogènes conjugués et 2,5 mg de médroxyprogestérone,
mais elle se poursuit pour les femmes hystétectomisées qui
prennent des estrogènes seuls . Il est important de noter que les
femmes incluses avaient en moyenne 63 ans que 69,5 % d'entre elles étaient
en surpoids ( 34,2% d'obèses).
Principales
données 2003 :
a)
la mortalité globale est identique dans le groupe THS et dans
le groupe placebo
RR = 0,98 (0,82-1,18)
b)
l'excès d'évènements graves dans le groupe THS
est de 19 pour 10 000 AF (1 000 femmes suivies 10 ans)
c)
cancer du sein :
- invasifs : 199 versus 150 RR=1,24 ( 1,O1-1,54 )
- in situ : 46 versus 35 RR=1,18 ( 0,77-1,82 ) non significatif
- histologie et grade similaires
-tumeurs plus grandes dans le bras THS ( 1,7 ± 1,1 cm versus 1,5
± 0,9 p=0,04 )
-envahissement ganglionnaire plus fréquent ( 25 9 % versus 15,8
% p=0,03 )
d)
cancer de l'endomètre :
27 versus 31 RR=0,81 ( 0,48-1,36 ) non significatif
e)
cancer de l'ovaire :
20 versus 12 RR= 1,58 ( 0,77-3,24 ) non significatif
f)
cancer du colon
6 cas en moins dans le groupe THS pour 10000 A.F RR à 0,63 (0,43-
0,92)
g)
maladies coronaires ( mort et infarctus du myocarde non fatal )
188 cas versus 147 RR=1,24 ( CI 95% nominal 1,00- 1 60 ) mais résultats
non significatifs si on prend le CI ajusté. Dans la publication
de Manson (8 ) seuls les IM sont augmentés et exclusivement la
première année et seulement chez les femmes dont la ménopause
remonte à plus de 10 ans. Ceci confirme l'hypothèse d'accidents
artériels thrombotiques aigus, le sur-risque diminue progressivement
et à 5 ans les résultats ne sont plus significatifs
RR=1,45 ( 0,89-2,59 )
h)
accidents vasculaires cérébraux : seuls les accidents
ischémiques sont augmentés :
8 cas supplémentaires RR = 1,41 (1,07-1,85)
i)
accidents thomboemboliques veineux
RR = 2,11 (1,58 - 2,82). Le risque est particulièrement élevé
la première année
RR= 3,49 (2,33-5,59).
j)
les démences : étude WHIMS ( WHI Memory Study ) ( 6
)
4531 femmes sur les 16805 femmes incluses dans la WHI ont contribué
à une sous-étude sur les fonctions cognitives. Le suivi
moyen a été de 4 ans. Le risque de démence
( 50% seulement correspondraient à une maladie d'Alzeimer) est
de 2,05 ( 1,21-3,48) ce qui correspond à 21 cas dans le groupe
placebo et à 40 dans le groupe avec CEE+MPA donc à un excès
de 23 cas pour 10.000 années - femmes.
k)
fractures du col du fémur, des vertèbres et autres
-pour les fractures du col du fémur : 52 cas versus 73 RR= 0,67
( 0,47- 0,96)
-fractures vertébrales symptomatiques (pas de radiographies ) RR=0,66
(0,44-0,98) .
Seule la diminution des fractures du col fémoral a été
comptée dans les bénéfices du THS
Scarabin
et coll. ( 11 )
Etude
française cas-témoins : 155 femmes ménopausées
prenant un THS alors qu'elles avaient déjà fait un épisode
de thrombose veineuse, embolie pulmonaire ou phlébite.En cas de
prise d'estrogènes par voie orale RR=3,35 ( 1,8-6,8 ), mais si
estrogènes par voie cutanée RR= 0,9 ( 0,5-6,8 )
MILLION
WOMEN STUDY ( 12 )
Etude
d'observation anglaise dont l'objectif était d'évaluer les
effets spécifiques des différents types de THS sur l'incidence
et la mortalité du cancer du sein. Pour ceci, 1 084 110 femmes
de 50 à 64 ans furent recrutées de 1996 à 2001. Les
données sur leur THS ont été obtenues par un seul
questionnaire envoyé en même temps que la convocation pour
le dépistage du cancer du sein (par le NHS Breast Screening Programme).
Cinquante pour cent des femmes ont pris un THS.
Voici
les principales données :
incidence des cancers
a) selon le type de traitement :
- E2 seul : RR =1,30 (1,21-1,40) soit 1,5 cas supplémentaire pour
1OOO femmes si prise 5 ans et 5 cas si prise du THS 10 ans pour 1000 femmes
traitées
- E + P : RR =2 (1,88 - 2,12) soit 6 cas supplémentaires si prise
5 ans et 19 cas si prise 1O ans .
- tibolone : RR : 1, 45 (1, 25 - 1,68).
- Au reculement 41 % des femmes prenaient des estrogènes seuls,
50 % une association EP et 6 % de la tibolone, laquelle a pu être
prise après un THS ou d'emblée pour une raison non précisée.
Le sur-risque disparaît à l'arrêt du THS : RR=1,01
(0,94-1,09).
b) la voie d'administration des estrogènes, le type d'estrogènes
et leur dosage ne semblent pas modifier le risque :
- voie orale RR : 1,32 (1,21 - 1, 45)
- voie dermique RR : 1,24 (1,11 - 1,39)
- implants RR 1,65 (1,26 - 2,16)
c) le type de progestatifs, leur administration continue ou séquentielle
ne semblent pas modifier le risque :
d) incidence avec la durée :
Le risque lié à chaque type de THS augmente avec la durée.
Ces résultats confirment les données de la méta-analyse
d'Oxford et des données de la WHI.
- mortalité par cancer :
-pour les utilisatrices : RR =1,22 (1,00-1,48)
-pour les ex-utilisatrices : RR : 1,05 (0,82-1,34).
LES ARTICLES
- Collaborative
Group on Hormonal Factors in breast cancer. Breast cancer and hormone
replacement therapy : collaborative reanalyse of data from 51 epidemiological
studies of 52 705 women with breast cancer and 101 411 women without
breast cancer. Lancet 1997, 350 1074- 59
- Hulley S.,et
al Randomized trial of estrogen plus progestin for secondary prevention
of coronary heart disease in postmenopausal women. JAMA 1998, 280,
605 -13
- Hulley S. et
al Noncardiovascular disease outcomes during 6,8 years of hormone
therapy. JAMA 2002, 288, 58 - 66
- Writing group
for the Women's Health Initiative investigators. Risks and benefits
of estrogen plus progestin in healthy post menopausal women. JAMA
2002, 288, 321 -33
- Wassertheil-Smoller
SW et coll JAMA 2003, 289, 2673-84
- Shumaker S.A.
et al. Estrogen plus progestin and the incidence of dementia and mild
cognitive impairment in postmenopausal women : The Women's Health
Initiative Memory Study (WHIMS). JAMA 2003, 289, 20, 2651- 627
- Chlebowski R.T.
et al. Influence of estrogen plus progestin on breast cancer and mammography
in Healthy Postmenopausal Women (WHI). JAMA 2003, 289, 24, 3243 -
538
- Manson E.J. et
al. Estrogen plus progestin and risk of coronary heart disease. N.
Engl. J. Med. 2003, 349, 523 -34
- Culey J.A. et
al. Effects of estrogen plus progestin on risk of fracture and bone
mineral density. JAMA 2003, 290, 13, 1729 -38.
- Anderson G.L.
et al. Effects of estrogen plus progestin on gynecologic cancers and
associated diagnostic procedures. JAMA 2003, 290, 13, 1739 - 48
- Scarabin P.Y.
et al. Differential association of oral and transdermal oestrogen-replacement
therapy with venous tromboembolism risk. Lancet 2003, 362, 428 - 32
- Beral V Breast
cancer and hormone-replacement therapy in the Million Women study
(MWS). Lancet 2003, 362, 419-27
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