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Nouveautés
Thérapeutiques dans l'Ostéoporose : Les Bisphosphonates
en Administration Intra-Veineuse
Pr Thierry Thomas. Equipe INSERM E9901, CHU de Saint-Etienne
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Parler
d'innovations thérapeutiques à propos des bisphosphonates
peut paraître curieux si l'on considère que leur découverte
a maintenant plus de 100 ans et que la première publication de
leur utilisation thérapeutique chez l'homme remonte à plus
de 30 ans (1). Ce qui pourrait en fait révolutionner leur usage
et au-delà l'approche thérapeutique de l'ostéoporose,
c'est le développement de nouvelles molécules toujours plus
puissantes dans leur activité anti-résorptive avec une rémanence
de leurs effets, permettant d'envisager une véritable administration
intermittente. Le concept d'administration intermittente avait vu le jour
avec l'étidronate mais le but principal de ce mode de prise était
avant tout d'éviter les risques d'ostéomalacie liés
à la prise continue d'étidronate. La fenêtre thérapeutique
de cette molécule est en effet relativement étroite puisque
son ratio activité anti-formatrice / activité anti-résorptive
est de 1 pour 1. A dose pharmacologique, l'étidronate conserve
donc les propriétés physico-chimiques comparables à
celle des pyrophosphates qui avaient initialement stimulé l'intérêt
porté à cette molécule : altérer à
la fois la formation et la dissolution des cristaux de phosphate de calcium.
Les molécules développées secondairement, notamment
les amino-bisphosphonates ont une activité anti-résorptive
1000 à 10 000 fois plus puissante, et n'ont donc aucun effet délétère
sur la minéralisation primaire aux doses pharmacologiques anti-ostéoclastiques.
Cependant, l'administration per os en continu des bisphosphonates se heurte
à plusieurs difficultés : leur faible absorption digestive
tout d'abord, inférieur à 1%, liée à leur
faible lipophilie et à leur charge hautement négative ;
leur toxicité pour les muqueuses qui impose des conditions de prise
très rigoureuse pour assurer une bonne tolérance ; la compliance
médiocre des patientes inhérente à tous les traitements
au long cours, lorsque le but principal est la recherche d'un non-événement,
en l'occurrence la prévention de la survenue d'une fracture.
Un certain nombre d'évidences ont conduit à revisiter le
concept d'administration intermittente des bisphosphonates pour éviter
ces écueils. En premier lieu, la pharmacocinétique de ces
molécules a montré qu'une fois dans le sang, elles disparaissaient
très vite, avec un captage presque exclusivement osseux et quasi-complet
dès le premier passage. L'exposition des tissus mous, même
à de fortes doses, est donc très faible. Par ailleurs, le
niveau d'inhibition de la résorption osseuse atteint un plateau
dose-dépendant au-delà duquel il n'y a pas d'effet cumulatif
avec le temps, sans risque d'os gelé. Ceci laisse donc penser que
les bisphosphonates incorporés dans la matrice osseuse sont inactifs.
La question de savoir s'ils redeviennent actifs une fois " déterrés
" par les ostéoclastes n'est pas formellement élucidée
mais un certain nombre de points le suggèrent : Les niveaux de
bisphosphonates circulants sont extrêmement faibles alors que la
demi-vie osseuse des bisphosphonates est probablement de plusieurs années.
Ces molécules ne sont pas métabolisées in vivo, la
stabilité de la liaison P-C-P les rendant résistantes à
la chaleur, à la plupart des agents chimiques, ainsi qu'à
l'hydrolyse des enzymes connus (2). Ceci pourrait donc permettre une rémanence
de leurs effets, comme cela a d'ailleurs été montré
récemment lors d'études cliniques rapportant la stabilité
de la densité minérale osseuse (DMO) de patients après
l'arrêt du traitement (3).
La première voie d'administration intermittente proposée
a bien évidemment été la voie orale avec une administration
hebdomadaire d'une dose équivalente à 7 fois la dose quotidienne,
avec des résultats comparables en terme de DMO et de réduction
du turn-over osseux mesurée par les biomarqueurs (4,5). Des études
récentes suggèrent que l'on puisse proposer des administrations
trimestrielles voire annuelles par voie IV dans le traitement de l'ostéoporose,
en utilisant des molécules telles que l'ibandronate (6) ou le zolédronate
(7), voire l'alendronate avec lequel des résultats très
intéressants avaient été publiés, il y a quelques
années (8). Ainsi, la 1ère étude pivot a été
conduite pendant un an chez 125 femmes ménopausées, ostéoporotiques
recevant un placebo ou 0,25, 0,5, 1 ou 2 mg d'ibandronate tous les 3 mois.
L'augmentation de la DMO était significative à la hanche
et au rachis lombaire pour les 2 plus fortes doses, avec des valeurs comparables
à celles obtenues avec les bisphosphonates per os. La 2ème
étude pivot récemment publiée évaluait l'administration
IV de zoledronate vs placebo, à 0,25, 0,5 ou 1 mg tous les 3 mois,
2 mg tous les 6 mois ou 4 mg une fois par an, pendant un an chez 351 femmes
ménopausées et une Tscore de DMO inférieur à
-2. Là encore, il était observé une augmentation
comparable de la DMO entre les groupes traités de l'ordre de 4
à 5% au rachis lombaire et de 3 à 3,5% à la hanche
vs placebo.
Cependant, améliorer significativement les paramètres intermédiaires
que sont la DMO et les biomarqueurs ne préjugent pas infailliblement
de la réduction du risque fracturaire. Ainsi, la présentation
récente de l'essai de phase III avec l'administration iv trimestrielle
de 0,5 ou 1 mg d'ibandronate vs placebo n'a pas mis en évidence
de réduction significative du risque fracturaire dans une population
de 2862 femmes ménopausées et ostéoporotiques, traitées
pendant 3 ans. Il est tout à fait possible que la dose ait été
insuffisante. On note en effet pour ces 2 doses dans l'étude de
phase II, une réascension des marqueurs de résorption entre
le 1er et le 3ème mois après chaque injection alors que
la formation reste en permanence freinée. Cet effet " vague
" n'a été retrouvé ni avec l'ibandronate 2 mg/3
mois, ni avec les différents dosages du zoledronate. On attend
donc avec impatience les prochaines études avec ces molécules.
Références
1. Bassett CA, Donath A, Macagno F, Preisig R, Fleisch H, Francis MD.
Diphosphonates in the treatment of myositis ossificans. Lancet. 1969;
2:845.
2. Fleisch H. Bisphosphonates: mechanisms of action. Endocr Rev. 1998;
19:80-100.
3. Tonino RP, Meunier PJ, Emkey R, Rodriguez-Portales JA, Menkes CJ, Wasnich
RD, Bone HG, Santora AC, Wu M, Desai R, Ross PD. Skeletal benefits of
alendronate: 7-year treatment of postmenopausal osteoporotic women. Phase
III Osteoporosis Treatment Study Group. J Clin Endocrinol Metab. 2000;
85:3109-15.
4. Brown JP, Kendler DL, McClung MR, Emkey RD, Adachi JD, Bolognese MA,
Li Z, Balske A, Lindsay R. The efficacy and tolerability of risedronate
once a week for the treatment of postmenopausal osteoporosis. Calcif Tissue
Int. 2002; 71:103-11.
5. Greenspan SL, Bone G 3rd, Schnitzer TJ et al. Two-year results of once-weekly
administration of alendronate 70 mg for the treatment of postmenopausal
osteoporosis. J Bone Miner Res. 2002; 17:1988-96.
6. Thiebaud D, Burckhardt P, Kriegbaum H, Huss H, Mulder H, Juttmann JR,
Schoter KH. Three monthly intravenous injections of ibandronate in the
treatment of postmenopausal osteoporosis. Am J Med. 1997; 103:298-307.
7. Reid IR, Brown JP, Burckhardt P et al. Intravenous zoledronic acid
in postmenopausal women with low bone mineral density. N Engl J Med. 2002;
346:653-61.
8. Khan SA, Kanis JA, Vasikaran S, Kline WF, Matuszewski BK, McCloskey
EV, Beneton MN, Gertz BJ, Sciberras DG, Holland SD, Orgee J, Coombes GM,
Rogers SR, Porras AG. Elimination and biochemical responses to intravenous
alendronate in postmenopausal osteoporosis. J Bone Miner Res. 1997; 12:1700-7.
Adresser toute
correspondance à :
Pr Thierry
Thomas
Equipe INSERM E9901,
Service de Rhumatologie, Hôpital Bellevue, Boulevard Pasteur
42055 Saint-Etienne cedex2
tél.
: 04.77.12.76.49 ; fax: 04.77.12.75.77
e-mail : thierry.thomas@univ-st-etienne.fr
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