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Ostéoporose
des transplantés.
Philippe Orcel, Mickaël Rousière.
Fédération de Rhumatologie, Hôpital Lariboisière,
2 rue Ambroise Paré, 75010 Paris
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Le développement
des greffes d'organe ou de moelle osseuse au cours de ces dernières
années a révolutionné la prise en charge des patients
atteints d'insuffisance viscérale terminale ou d'hémopathie.
Les progrès récents de l'immunologie et l'utilisation de
puissantes médicaments immunosuppresseurs ont très largement
amélioré le pronostic vital et la qualité de vie
des patients transplantés, laissant apparaître des pathologies
de survenue tardive qui ne mettent pas en jeu le pronostic vital mais
altèrent la qualité de survie de ces patients. Une des ces
complications à long terme des greffes sont les troubles du métabolisme
osseux et notamment l'ostéoporose.
Une réduction de la densité minérale osseuse est
observée dans une large proportion des patients transplantés.
La prévalence de l'ostéoporose chez les receveurs de greffe
allogénique est diversement rapportée dans la littérature,
évaluée entre 28 et 74 %. Les hommes et les femmes sont
touchés de manière comparable. Cette perte osseuse s'accompagne
parfois de fractures vertébrales ou périphériques
(cadre obturateur, côtes, col fémoral par ordre décroissant),
touchant 8 à 65% des transplantés. L'importance de la perte
osseuse après la greffe varie selon le patient, la maladie initiale,
l'organe transplanté et l'agressivité des régimes
immunosuppresseurs. Ainsi, la perte osseuse paraît la plus importante
chez les transplantés cardiaques, puis par ordre décroissant
chez les greffés hépatiques ou pulmonaires et enfin rénaux
; de même l'incidence des fractures paraît la plus faible
chez les transplantés rénaux que chez les receveurs d'autres
organes. La prévalence des fractures est la plus élevé
chez les greffés hépatiques pour cirrhose biliaire primitive.
Avant la transplantation, la densité minérale osseuse est
souvent déjà diminuée. Les facteurs de risque d'ostéoporose
en période de prétransplantation sont multiples. Outre les
facteurs de risques généraux d'ostéoporose (âge,
sexe, statut hormonal …), le capital osseux prégreffe est également
modifié par la pathologie intercurrente (organe défaillant
et durée d'insuffisance viscérale) et par d'éventuelles
thérapeutiques antérieures (corticoïdes, chimiothérapie…).
Après la greffe, il existe une perte osseuse significative qui
prédomine sur le secteur trabéculaire au rachis vertébral
pour les organes solides et sur le secteur cortical pour les transplantations
de moelle osseuse. Cette perte osseuse rapide et les complications fracturaires
surviennent particulièrement au cours de la première année
postgreffe. Le découplage du remodelage osseux, avec une augmentation
notable des marqueurs de résorption osseuse et le plus souvent
une diminution des marqueurs d'ostéoformation, est responsable
en partie de la perte osseuse s'installant très rapidement durant
la première année et surtout pendant les trois à
six premiers mois suivant la transplantation. Cette perte osseuse est
largement iatrogène, déterminée par les agents immunosuppresseurs
indispensables après la greffe. Les effets cataboliques sur le
tissu osseux des glucocorticoïdes sont largement connus. Le rôle
synergique des autres immunosuppresseurs sur la perte osseuse est moins
clairement démontré, mais il existe des arguments expérimentaux
et cliniques suggérant que la ciclosporine ou le tacrolimus (FK506)
induisent une ostéopénie à haut niveau de remodelage.
Malgré la variabilité des résultats des études,
tout organe confondu, un âge élevé, le sexe masculin,
la survenue d'un hypogonadisme prématuré iatrogène
(dans les deux sexes) et la dose cumulée de corticoïdes semblent
être les facteurs de risque les mieux corrélés à
l'intensité de la perte osseuse des transplantés.
La prévention de l'ostéoporose induite par les transplantations
doit être envisagée avant la greffe. L'évaluation
du capital osseux des patients en attente de greffe est indispensable.
Elle est basée sur une ostéodensitométrie initiale,
des radiographies standard du rachis dorsal et lombaire ainsi que sur
des paramètres biologiques pertinents (exploration fonctionnelle
thyroïdienne, dosages sériques du calcium, de la vitamine
D, de la PTH et de la testostérone chez l'homme). Elle permet d'identifier
et de corriger des causes réversibles de perte osseuse chez les
patients ostéoporotiques ou ayant des anomalies du métabolisme
phosphocalcique. La découverte d'une ostéoporose densitométrique,
voire déjà fracturaire, doit conduire à la prescription
d'un traitement anti-résorptif avant la greffe. De même,
l'existence d'éventuelles carences (nutritionnelles ou hormonales)
doivent être dépistées et corrigées.
La prévention de la perte osseuse doit se poursuivre en période
de postgreffe immédiate, notamment lors des premiers six mois.
Puisqu'il n'a pas été identifié clairement de marqueur
clinique, biochimique ou densitométrique reflétant le risque
fracturaire à l'échelon individuel, la majorité des
patients doit bénéficier d'un traitement approprié
de la prévention de la perte osseuse et des fractures immédiatement
après la transplantation. Les mesures préventives simples
doivent être systématiquement instaurées : diminution
des immunosuppresseurs aux doses minimales efficaces, maintien d'une activité
physique régulière (adaptée à l'état
physiologique) ainsi que des apports en vitamine D (400-800 UI/j) et calcium
(1g/j) suffisants. De même, en l'absence de contre-indication, une
hormonothérapie substitutive doit être proposée à
toutes les femmes ménopausées. Concernant les médicaments
disponibles pour le traitement de l'ostéoporose des transplantés,
il existe peu d'études contrôlées évaluant
leur efficacité dans cette indication. Les résultats des
différentes classes thérapeutiques sont contradictoires
selon les essais et l'organe transplanté. L'utilisation de la calcitonine
et du fluor est quasiment abandonnée. A l'instar de l'ostéoporose
cortico-induite, les quelques études disponibles semblent confirmer
l'efficacité des bisphosphonates dans la prévention et le
traitement de la perte osseuse des transplantés.
En conclusion, la perte osseuse associée aux transplantations est
une complication tardive fréquente et constitue un problème
de santé publique puisqu'elle se complique de fractures dans 5
à 50% des cas. Elle pose également un problème thérapeutique
majeur chez des patients déjà polymédicamentés.
Il est donc nécessaire de dépister, prévenir et traiter
précocement l'ostéoporose de ces patients, pour leur offrir
une meilleure qualité de vie après la transplantation.
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programme 16ème journée
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