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Suivi
des traitements antirésorptifs de l'ostéoporose par
les marqueurs biochimiques du remodelage osseux.
Patrick Garnero, PhD. INSERM unité
403 et Synarc, Lyon France.
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Les marqueurs biochimiques du remodelage osseux développés
depuis une vingtaine d'années sont plus spécifiques du tissu
osseux que les marqueurs conventionnels et, de ce fait, de nombreuses
études ont montré que leurs modifications sont plus sensibles
aux variations du remodelage osseux dans l'ostéoporose. Actuellement,
les marqueurs les plus sensibles de la formation osseuse sont l'ostéocalcine,
la phosphatase alcaline osseuse (bALP) et le propeptide N-terminal du
collagène de type I (PINP) mesurés dans le sang. Pour évaluer
la résorption osseuse, les dosages immunologiques des molécules
de pontage du collagène (pyridinoline, désoxypyridinoline)
et des peptides associées (CTX, NTX) dans le sang ou l'urine sont
actuellement les marqueurs les plus performants. La plupart de ces dosages
sont aujourd'hui disponibles sur des méthodes automatisées
de meilleure reproductibilité que les techniques manuelles et permettant
la réalisation de dosages en grande série.
Comme toutes les maladies chroniques, la surveillance et l'évaluation
de l'efficacité du traitement de l'ostéoporose sont un défit
pour le clinicien. Le but du traitement est de réduire la survenue
des fractures, mais l'incidence est faible et l'absence d'événement
fracturaire pendant la ou les premières années du traitement
n'implique pas nécessairement que celui ci est efficace. L'utilisation
de marqueurs de substitution permettant une évaluation plus précoce
est donc indispensable à une surveillance efficace du traitement.
La mesure de la densité minérale osseuse (DMO) par absorptiométrie
aux rayons X (DXA) est un marqueur intermédiaire de substitution
qui a été largement utilisé dans les essais cliniques.
Son utilisation dans le suivi thérapeutique individuel n'est toutefois
pas validée. Etant donnée l'erreur de reproductibilité
de la mesure de DMO, de l'ordre de 1 à 1.5% à la colonne
et à la hanche, les variations individuelles doivent être
supérieures de 3 à 5% pour être significatives. Avec
des bisphosphonates comme l'alendronate ou le risedronate, la répétition
de la mesure de DMO deux ans après le début du traitement
est apte à déceler si le malade est répondeur, tout
au moins à la colonne. En revanche avec des traitements comme le
raloxifène qui n'induisent qu'une faible augmentation de DMO, la
DXA n'est pas la méthode de choix pour le suivi thérapeutique.
Une non réponse au traitement peut être liée à
une mauvaise observance, probablement un des facteurs les plus importants,
à une mauvaise absorption intestinale, notamment pour les bisphosphonates,
ou à d'autres paramètres qui peuvent induire une perte osseuse.
La surveillance au traitement par les marqueurs osseux peut avoir l'avantage
d'améliorer l'observance thérapeutique, bien que cela reste
à être démontré.
Plusieurs études contrôlées ont montré que
les traitements antirésorptifs comme le traitement hormonal substitutif
(THS), les bisphosphonates et le raloxifène induisaient des diminutions
rapides des marqueurs de la résorption osseuse dès les premières
semaines de traitement avec un plateau atteint après 3 à
6 moins (revue en 2). La diminution des marqueurs de la formation osseuse
est retardée, reflétant le couplage physiologique entre
résorption et formation osseuse, avec un plateau atteint après
6 à 12 mois de traitement (3, 4). L'amplitude de la diminution
ainsi que la période à laquelle est atteint le plateau est
fonction de la puissance du médicament (diminution plus importante
avec les bisphosphonates), du mode d'administration (voie orale ou transdermique
pour le THS, traitement quotidien ou cyclique pour les bisphosphonates)
et du marqueur utilisé (2). Comme nous le verrons ci dessous, ces
modifications précoces des marqueurs biochimiques peuvent être
utilisées comme marqueurs de l'efficacité du traitement.
La diminution des marqueurs du remodelage osseux sous traitement antirésorptif,
habituellement exprimée en pourcentage de la valeur initiale, est
fortement corrélée avec l'augmentation de la DMO. Au cours
des dix dernières années de nombreuses études du
THS et de l'alendronate ont montré que la diminution des marqueurs
à court terme (3 à 6 mois) est significativement corrélée
avec l'augmentation de la DMO à un, deux ou trois ans mesurée
à la colonne lombaire ou au radius (2, 4-7). Une diminution importante
des marqueurs est associée à une augmentation de la DMO,
alors que les malades dont la DMO n'augmente pas ont de faibles variations
de marqueurs. Pour le clinicien, le souci principal est d'identifier les
non répondeurs, c'est à dire ceux dont la DMO n'augmentera
pas significativement après deux ans de traitement. L'analyse rétrospective
récente de plusieurs essais thérapeutiques contrôlés
utilisant le THS ou l'alendronate, suggère que pour un marqueur
donné un seuil de diminution sous traitement pourrait être
défini, avec une valeur prédictive positive satisfaisante
vis à vis de la réponse de la DMO après deux à
trois ans de traitement. Pour les marqueurs de la formation osseuse, la
diminution est d'amplitude similaire pour l'ostéocalcine, la bALP
et le PINP. Pour la résorption osseuse, la réduction du
CTX et du NTX est la plus forte. La désoxypyridinoline libre est
un marqueur de la résorption osseuse sensible aux traitements par
THS mais sa diminution sous bisphosphonate est faible et peu reproductible.
Pour un marqueur donné, la diminution sous alendronate est plus
prononcée que sous THS et de ce fait les seuils exprimés
en pourcentage de modification par rapport à la valeurs initiale
sont environs 20% plus bas pour l'alendronate que pour le THS. Pour prédire
un gain de DMO significatif (>3%) avec une haute spécificité
(par exemple 90% avec moins de 10% de faux positifs), il faut choisir
un seuil de diminution bas (par exemple -45% et -65% pour le CTX ou le
NTX urinaire, avec un traitement par THS et alendronate, respectivement).
Si en revanche l'objectif est d'identifier les répondeurs avec
une forte sensibilité, un seuil plus élevé, correspondant
à une diminution plus faible devra être choisi. Lorsque la
diminution du marqueur est équivoque, il est recommandé
de réaliser un dosage trois mois plus tard. Ces seuils recommandés
qui sont dérivés d'un certain nombre d'études (revues
en 2 et 9) devraient à présent être testés
dans d'autres cohortes afin de confirmer leur validité clinique.
La validité des modifications de la DMO pour prédire le
risque de fracture sous traitement est un sujet actuellement très
débattu, notamment pour certains médicaments comme le raloxifène
qui induisent des réductions de 30 à 50% du risque de fractures
vertébrales en dépit d'une augmentation faible de la DMO.
L'analyse rétrospective de différents essais cliniques suggère
que les changements de DMO sous traitement pourraient en réalité
n'expliquer qu'une faible partie (< 30%) de l'efficacité des
traitements antirésorptifs sur le risque de fractures vertébrales
(10-12). Ainsi, les changements de la DMO ne sont peut être pas
un critère adéquat pour analyser la fiabilité des
marqueurs à prédire le risque de fractures. Il existe néanmoins
peu d'études ayant corrélé les modifications des
marqueurs avec le risque de fractures sous traitement. Dans une étude
du THS contre placebo, Riggs et coll (13) ont suggéré que
les modifications du remodelage osseux (évalué par histomorphométrie)
pourraient prédire le risque de fractures vertébrales avec
une efficacité similaire à celle de la DMO chez des femmes
ménopausées souffrant d'ostéoporose. Plus récemment,
une étude effectuée dans un sous groupe de l'étude
MORE a montré que les changements à 6 mois de l'ostéocalcine
et de la bALP sérique sous raloxifène étaient associés
avec le risque ultérieur de fractures vertébrales, alors
que les changements de DMO n'étaient pas prédictifs (14).
De même dans un sous groupe de femmes ostéoporotiques participant
aux études VERT, nous avons montré que les modifications
du CTX et du NTX urinaire après 3 à 6 mois de traitement
étaient significativement associées au risque de fractures
vertébrales évalué après 1 et 3 ans, les changements
des marqueurs osseux expliquant 50 à 70% de l'efficacité
du traitement sur les fractures incidentes (15). De façon intéressante,
nous avons montré dans cette étude que la relation entre
l'amplitude de diminution du CTX et du NTX, exprimée en pourcentage
de la valeur avant traitement, et le risque de fractures vertébrales
n'était pas linéaire. Il pourrait donc exister un seuil
de diminution des marqueurs au dessous duquel il n'y aurait pas de gain
supplémentaire d'efficacité du traitement sur le risque
de fracture. Plus récemment, une relation significative a été
rapportée entre la diminution de la bALP, du PINP et du CTX sérique
à un an et le risque de fractures vertébrales après
3,6 ans chez les femmes traités par l'alendronate participant à
l'étude FIT (16). Pour la bALP, cette relation était aussi
significative pour le risque de fractures non vertébrales et pour
les fractures de la hanche. En définitive, les seuils de diminution
des marqueurs sous traitement devront être établis sur la
base d'études prospectives dont le critère d'évaluation
est l'incidence des fractures
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