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Modèles
animaux de l'ostéoporose : leur valeur dans l'évaluation
thérapeutique
Jean-Philippe BONJOUR, Patrick AMMANN René RIZZOLI
Division des Maladies Osseuses
(Centre Collaborateur de l'OMS pour l'Ostéoporose)
Département de Médecine Interne
Hôpitaux Universitaires, Genève, Suisse
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L'importance croissante de l'ostéoporose en tant que problème
majeur de santé publique rend de plus en plus nécessaire
l'établissement d'un consensus sur les principes et méthodes
d'évaluation concernant l'efficacité et l'innocuité
des moyens préventifs et curatifs d'intervention, qu'ils soient
de nature pharmacologique ou non pharmacologique. De nombreux groupes
scientifiques et organismes de réglementation pharmaceutique
ont publié des directives et des mises au point sur les critères
à appliquer aux études et aux évaluation des nouveaux
traitements (1-6). Très récemment une démarche
tout à fait similaire a été suivie afin d'établir
les principes et méthodes d'évaluation d'agents nutritionnels
pouvant influencer le métabolisme osseux (7). Ainsi, à
l'avenir, les allégations sur l'efficacité de produits
nutritionnels dans l'ostéoporose devront également être
soutenues par des données scientifiques aussi robustes que celles
requises pour les agents médicamenteux. La définition
conceptuelle, acceptée par l'OMS, considère l'ostéoporose
comme une "Maladie caractérisée par une faible masse
osseuse et la détérioration micro-architecturale du tissu
osseux, entraînant une fragilité osseuse accrue et, par
suite, une augmentation du risque fracturaire." (8). Il résulte
de cette définition que l'efficacité clinique de nouveaux
agents thérapeutiques va pouvoir être mesurée par
leur effet sur la masse minérale osseuse, mais la démonstration
définitive sera la réduction du risque de fracture. De
telles études impliquent le recrutement de très nombreux
patients étant donné que la fracture dépend aussi
d'autres facteurs, et qu'elle peut être relativement rare comme
celle du col du fémur, particulièrement dans le contexte
des essais cliniques.
Ainsi, le recours
à des modèles animaux est indispensable dans le développement
de nouvelles thérapeutiques. Pour l'OMS (6), comme d'ailleurs
pour la "Food and Drug Administration"(FDA) (1), l'évaluation
préclinique est un élément essentiel de la mise
au point des interventions pharmacologiques contre l'ostéoporose.
Le document publié par l'OMS (6) précise que les objectifs
généraux de l'évaluation préclinique se
divisent en deux catégories : ceux qui s'appliquent à
la description générale, au métabolisme, à
la pharmacodynamie, à l'innocuité, et à la toxicité
de tout agent nouveau; et ceux qui s'appliquent spécifiquement
au métabolisme osseux. Selon les recommandations de l'OMS (6),
les études préclinique traitant spécifiquement
de l'ostéoporose ont pour buts:
- De définir
la relation qui unit l'impact d'une intervention sur la masse osseuse
et la résistance osseuse. En particulier, les études
doivent déterminer si l'utilisation d'un agent capable de restaurer
ou de préserver la masse osseuse est associée à
la néoformation de tissu osseux ayant une architecture normale
- et plus particulièrement à un accroissement correspondant
de la résistance osseuse.
- D'élucider
le mécanisme d'action d'un agent pharmacologique et donc de
justifier son usage chez l'homme.
- De démontrer
les effets d'une exposition prolongée sur la qualité
du tissu squelettique.
- D'examiner les
effets de l'intervention sur la consolidation des fractures.
Les résultats de l'évaluation préclinique permettent
de déterminer si l'on doit tester le nouvel agent chez l'humain
et, alors, de définir la population et les critères
de jugement à appliquer aux phases I, II, et III de l'évaluation
clinique (6).
On dispose
actuellement de plusieurs modèles animaux reproduisant très
fidélement les caractéristiques de l'ostéoporose
comme décrites dans la définition conceptuelle de l'ostéoporose
humaine citée plus haut (9-18). Des techniques exactes et reproductibles,
comparables à celles utilisées dans l'évaluation
clinique, sont disponibles pour tester les effets de nouveaux agents sur
des modèles animaux fiables, développés dans différentes
espèces animales, allant de la souris aux primates non humains
(9-18). Ces techniques sont notamment : la mesure de la masse et densité
minérale osseuse, corticale et trabéculaire; l'évaluation
de la micro-architecture avec la mesure du degré de connectivité
intertrabéculaire; l'analyse des variables histomorphométriques,
statiques et dynamiques, ainsi que des indicateurs biochimiques du remodelage
squelettique; et surtout la détermination de la résistance
mécanique effectuée dans des conditions expérimentales
rigoureuses.
Il apparaît de plus en plus clairement que les études précliniques
permettent de prédire si les modifications de la masse minérale
osseuse observable dans les essais cliniques seront associés à
des changements plus ou moins proportionnés de la fragilité
osseuse. Une évaluation préclinique adéquate va ainsi
pouvoir prédire le succès ou l'échec thérapeutique.
Evidemment, dans la mesure où l'échec" clinique ne
résulte pas d'une posologie insuffisante lors de l'évaluation
de phase III ! A titre d'exemples, les études précliniques
des bisphosphonates ont permis de prédire leurs effets chez l'humain:
mécanisme d'action, augmentation de la densité minérale
osseuse et réduction de l'incidence des fractures (9). Elles ont
pu aussi démontrer l'efficacité du schéma de traitement,
continu ou cyclique, et des voies d'administration orales et intraveineuse.
La différence d'efficacité entre l'étidronate d'une
part et l'alendronate ou le risédronate d'autre part, était
absolument prédictible par les études précliniques
chez le rat. Il en va de même d'autres agents antirésorbants
tels que le raloxifène (9). Le cas du fluor est particulièrement
intéressant (9). En effet, les études précliniques
sur le fluor ont été réalisées à posteriori.
Elles auraient permis de prédire l'hétérogénéité
de la réponse, et surtout la mauvaise relation entre l'augmentation
de la masse minérale osseuse et les propriétés mécaniques.
En d'autre termes, ces études précliniques si réalisées
en temps opportun, auraient permis de douter sérieusement que l'augmentation
de la masse minérale osseuse en réponse à la fluorothérapie,
même très importante comme observée au niveau de la
colonne lombaire, serait associée à une réduction
significative de l'incidence des fractures vertébrales. Cette remarquable
capacité de prédiction des données fournies par l'utilisation
de modèles animaux adéquats a été magistralement
confirmée par les résultats récents des essais cliniques
sur l'effet anabolique osseux de l'hormone parathyroïdienne (19).
Encore plus récemment, les données précliniques sur
la résistance mécanique osseuse mesurée chez des
rats traités au ranélate de strontium (20,21) permettaient
de prédire les résultats favorables de ce composé
sur l'incidence des fractures chez les femmes ostéoporotiques (22).
En résumé
un programme préclinique évaluant l'efficacité de
nouveaux agents développés dans un but thérapeutiques
contre l'ostéoporose est indispensable. Une évaluation préclinique
très bien documentée est donc indiquée avant de passer
aux essais cliniques. Cette évaluation conduite sur les modèles
animaux les plus fiables doit générer des données
sur la pharmacodynamie et sur la tolérance de l'os, en utilisant
les méthodes validées d'ostéodensitométrie,
d'histomorphométrie et de biomécanique. Il est également
important de disposer d'information sur le mécanisme d'action de
l'agent étudié. En effet, la connaissance du mécanisme
d'action permet de déterminer le choix des critères d'évaluation
appliqués dans les essais cliniques. Dans le cas où les
résultats obtenus dans les investigations cliniques sur la densité
minérale osseuse et la micro-architecture sont similaires à
ceux observés dans les modèles animaux appropriés,
et que la tolérance et l'efficacité globale sont aussi confirmées,
la probabilité est grande que chez l'humain l'effet de l'agent
thérapeutique sur la résistance mécanique osseuse
sera similaire à celui démontré chez l'animal. Une
telle complémentarité entre le programme préclinique
et clinique devrait réduire considérablement le nombre de
sujets nécessaires pour démontrer l'efficacité d'un
traitement et permettre ainsi aux patients de bénéficier
plus rapidement des progrès de la recherche sur l'ostéoporose,
ce qui au plan de l'éthique médicale serait hautement souhaitable.
Reférences
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22. Meunier PJ, Roux C, Ortolani S, Badurski J, Kaufman JM, Spector T
et al. Strontium ranelate reduces the vertebral fracture risk in postmenopausal
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the IOF World Congress on Osteoporosis, Lisbon, May 14, 2002.
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