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UN
MÉCANISME ESSENTIEL DE L'ACTION TISSULAIRE DES BISPHOSPHONATES
SUR L'OS : L'AUGMENTATION DU DEGRÉ DE MINÉRALISATION
P.J.
MEUNIER, G. BOIVIN, P. CHAVASSIEUX
Unité INSERM 403, Faculté R.-Th. Laënnec, LYON.
La réduction d'environ 50 pour cent du risque fracturaire vertébral
et extra-vertébral obtenue chez les patients ostéoporotiques
traités à long terme par l'alendronate et le risédronate
s'accompagne d'une part d'une très importante réduction
du niveau d'activité globale du remodelage osseux -conséquence
des effets cellulaires anti-ostéoclastiques de ces bisphosphonates-,
et d'autre part d'une augmentation substantielle de la densité
minérale osseuse (DMO) lombaire et fémorale. Les preuves
de la réduction globale du remodelage sont apportées par
la forte baisse du taux des marqueurs biochimiques du remodelage (environ
60 %) et par la réduction d'environ 90 pour cent de la fréquence
d'activation des nouvelles unités multicellulaires de remodelage
trabéculaire (1). Ces données suggèrent que le lien
au niveau tissulaire entre l'effet anti-fracturaire, l'augmentation de
la DMO et la forte réduction du niveau du remodelage osseux pourrait
consister en une augmentation de la quantité du tissu osseux présente
à l'intérieur de l'enveloppe périostée, avec
augmentation du volume trabéculaire osseux, de l'épaisseur
des unités structurales élémentaires (USE) ou des
travées, amélioration de la connectivité du réseau
trabéculaire. En réalité, il n'en est rien et l'histomorphométrie
osseuse, appliquée à des biopsies transiliaques prélevées
après un traitement par l'alendronate de 2 ou 3 ans chez 231 patientes
atteintes d'ostéoporose post-ménopausique ou de 1 an chez
88 sujets atteints d'ostéoporose cortisonique, n'a montré
aucune augmentation significative du volume trabéculaire osseux,
de l'épaisseur des USE ou des travées, de la densité
trabéculaire ni de diminution de la distance intertrabéculaire
moyenne (1,2). L'explication de l'effet anti-fracturaire et des gains
des DMO, sans gain tissulaire osseux ni optimisation de la micro-architecture
trabéculaire, est apportée par la mise en évidence
d'une augmentation du degré moyen de minéralisation du tissu
osseux chez des animaux ou des patients ostéoporotiques traités
par l'alendronate (3,4). Cela a consisté à réenvisager
la dimension minérale du tissu osseux dans l'analyse histomorphométrique
de l'os grâce à la micro-radiographie quantitative, et à
remettre en exergue les concepts de minéralisation primaire et
de minéralisation secondaire délaissés depuis les
années 1970. On dénomme minéralisation " primaire
" le dépôt linéaire du minérale sur le
front de calcification du tissu ostéoïde. Elle est visualisée
par la captation de tétracycline et n'apporte que 60 à 70
pour cent de la charge minérale maximale du tissu osseux. Elle
est suivie par une phase lente de minéralisation " secondaire
" qui s'étale sur des mois et aboutit lorsqu'elle est complète
a un contenu minéral osseux maximal de la matrice par l'apport
lent de 30 à 40 pour cent de la charge minérale. Lorsque
le remodelage osseux est actif, beaucoup d'USE sont résorbées
par les ostéoclastes avant d'avoir parachevé leur minéralisation
secondaire, et de nombreuses USE récemment élaborées
par les ostéoblastes restent encore peu minéralisées.
Lorsque le remodelage est peu actif, les USE voient leur durée
de vie prolongée et la probabilité de leur résorption
par les ostéoclastes est faible.
Dans
la première situation le degré moyen de minéralisation
du tissu osseux diminue, dans la deuxième situation il augmente.
Cette hypothèse d'une augmentation du degré moyen de minéralisation
(DMM) lié à la forte réduction du niveau d'activité
du remodelage osseux qu'induit l'alendronate et la prolongation de la
minéralisation secondaire qui en découle, a été
vérifiée récemment d'abord chez des babouines, puis
sur des biopsies iliaques prélevées chez 53 femmes atteintes
d'ostéoporose post-ménopausique et traitées pendant
2 ou 3 ans par 10 mg/jour d'alendronate (4). Le degré de minéralisation
a été mesuré par micro-radiographie quantitative
avec étalonnage par une échelle d'aluminium. Après
2 ans d'alendronate, le DMM de l'os compact cortical était supérieur
de 9,3 % et celui de l'os spongieux supérieur de 7,3 % à
ceux du groupe ayant reçu un placebo. Après 3 ans d'alendronate,
les augmentations du DMM atteignent 11,6 % et 11,4 % respectivement par
rapport au groupe placebo. Cela est dû à l'augmentation du
nombre d'USE ayant pu atteindre leur degré maximum de minéralisation
par prolongation de la durée de la minéralisation secondaire.
Ces augmentations expliquent à elles seules la presque totalité
de l'augmentation de la DMO, sans augmentation du volume de la matrice
osseuse. On ne peut pas exclure cependant en début de traitement
un faible gain de tissu osseux, non délectable par les méthodes
histomorphométriques classiques, et lié au comblement d'une
partie de " l'espace de remodelage ".
Cette réintroduction de la dimension minérale dans l'analyse
histomorphométrique de l'os par l'utilisation de la micro-radiographie
quantitative éclaire le mécanisme d'action à l'échelle
tissulaire des bisphosphonates sur l'os et peut aussi conduire à
reconsidérer à travers ce mécanisme le mode d'action
de tous les facteurs augmentant (ménopause, parathormone) ou diminuant
(bisphosphonates, œstrogènes, SERMs ou calcitonine) le niveau du
remodelage osseux, et en particulier leurs effets sur la DMO et le risque
fracturaire.
Références
1.
Chavassieux PM,
Arlot ME, Reda C, Wei L, Yates AJ, Meunier PJ. Histomorphometric assessment
of the long-term effects of alendronate on bone quality and remodeling
in patients with osteoporosis. J Clin Invest (1997) 100:1475-1480
2. Chavassieux
PM, Arlot ME, Roux JP, Portero N, Daifotis A, Yates AJ, Hamdy NAT, Malice
MP, Freedholm D, Meunier PJ. Effects of alendronate on bone quality and
remodeting in glucocorticoidinduced osteoporosis : a histomorphometric
analysis of transiliac biopsies. J Bone Miner Res (2000) 15:754-762
3. Meunier
PJ, Boivin G. Bone mineral density reflects bone mass but also the degree
of mineralization of bone. Bone (1997) 21:373-377
4. Boivin
GY, Chavassieux PM, Santora AC, Yates AJ, Meunier PJ. Alendronate increases
bone strength by increasing the mean degree of mineralization of bone
tissue in osteoporotic women. Bone (2000) 27:687-694.
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